lundi 22 mai 2017

Poésie chinoise de l'éveil

Poésie chinoise de l'éveil


Entre éveil et poésie, nulle différence Li Tche-yi





La Sublime Terrasse


Nos adieux nous mènent à la Sublime Terrasse
Où le fleuve et la plaine s’enténèbrent si loin.
Les oiseaux reviennent à la nuit -
Voyageur au départ infini.

Wang Wei page 37



Le puits de pierre


Jaspé de la mousse sur les pierres au printemps ;
L’ombre du paulownia glisse dans le puits froid.
Avant de puiser l’au, l’homme du silence
Capte du soleil l’ultime rayon.

Sseu-k’ong Chou page 43



Question-réponse dans la  montagne

Pourquoi habiter la montagne d’émeraude ?
l’esprit libre, je souris en silence.
Au mystère de l’eau les fleurs de pêcher
   glissent –
Univers au-delà des mondes.

Li-Po page 90



Bon voyage

Après nos adieux dans la montagne
J’ai refermé ma porte sur le couchant.
Chaque année le printemps ranime sa verdeur –
Et toi, noble cœur, quand reviendras-tu ?

Wang-Wei  page 249



Sur les murs du Bois de l’Ouest

Un regard d’horizon pour les cols,
Un regard de ciel pour les cimes.
Haut et bas proche et lointain
Ne se ressemblent pas.
J’ignore le vrai visage du mont Lou -
Je sais seulement que j’y suis.

Sou Tong-Po page 258



Poésie chinoise de l’éveil,  Patrick Carré Zéno Bianu, Albin Michel
8,90 euros. 288 pages


Suivre, dans le bleu de l’éveil avec une immense joie les chemins  tracés par ce livre -
A la découverte des plus grands poètes chinois  - guidé par Zeno Bianu et Patrick Carré.

Zeno Bianu sur Monde en poésie



mercredi 10 mai 2017

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical

l'enfer musical Alejandra Pizarnik




À la cime de la joie je me suis prononcée sur une musique jamais entendue. Et quoi? Puissé-je ne vivre quen extase, faisant de mon corps le corps du poème, rachetant chaque phrase avec mes jours et mes semaines, insufflant mon souffle au poème à mesure que chaque lettre de chaque mot aura été sacrifiée dans les cérémonies de vivre.



et qu’est-ce que tu vas dire
je vais seulement dire quelque chose
et qu’est-ce que tu vas faire
je vais me cacher dans le langage
et pourquoi
cette peur

Cold in hand blues, page 11



Paroles émises par une pensée en guise de planche
de salut. Faire l’amour à l’intérieur de notre étreinte
signifia une lumière noire : l’obscurité se mit à luire.
C’était la lumière retrouvée; doublement éteinte mais
d’une certaine manière, plus vive que mille soleils .
La couleur du mausolée d’enfance, la couleur mortuaire
des désirs contenus s’ouvrit dans la chambre sauvage.
Le rythme des corps cachait le vol des corbeaux.
Le rythme des corps creusait une espace de lumière
à l’intérieur de la lumière.

Lien mortel, page 41




Dans l’espoir qu’un monde soit exhumé par le langage, quelqu’un chante le lieu où se forme le silence. Ensuite il  découvrira que ce n’est pas parce qu’elle montre sa fureur que la mer existe, le monde non plus. C’est pourquoi chaque mot dit ce qu’il dit et en outre, plus, et autre chose.

Le mot qui guérit, page 45



( c’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le chant…)


- S’ouvrit la fleur de la distance. Je veux que tu regardes par la fenêtre
et que tu me dises  ce que tu verras, gestes inachevés, objets illusoires,
formes inabouties…comme si tu t’étais préparée depuis l’enfance,
approche-toi de la fenêtre.



Et quand viendra ce que nous attendons ? Quand cesserons-nous de fuir ?
Quand tout cela arrivera-t-il ? Oui quand ? Où ça ? Comment ? Combien ?   
Pourquoi ? Et pour qui ?

extraits Les Possédés parmi les lilas, page 63 et 67



L'enfer musical Alejandra Pizarnik  Ypfilon éditeur
traduction Jacques Ancet


L'enfer musical est le dernier livre publié par Alejandra Pizarnik  1936-1972
les éditions Ypfilon ont le projet d'éditer intégralement les oeuvres de l'auteur.

Site des éditions Ypfilon


Alejandra Pizarnik est une poète d'une extrême sincérité. Lumineuse et bouleversante.
Elle est écrite par la poésie. Son désir est de naitre d'elle même et c'est de là
qu'elle nous parle tant.



Sur Internet/

Le site de Jacques Ancet, poète et traducteur


Brigitte Maillard

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical


dimanche 30 avril 2017

Alexandre Hollan, Je suis ce que je vois, Notes sur la peinture



Alexandre Hollan Je suis ce que je vois po&psy





 « Dans ses Notes sur la peinture et le dessin (rééditées ici en un livre unique) qui interrogent au plus près de son surgissement l'expérience picturale, Alexandre Hollan réfléchit en poète sur cette "force nouvelle" qui émane des impressions produites par le monde extérieur, une force "qu'il faut comprendre et sauver". «  

Un livre formidable impossible à résumer en quelques lignes tant chaque page, chaque dessin offrent un temps de présence, précieux pour enfin ouvrir les yeux sur ce que nous ne voyons peut-être pas.



Notes choisies 


                                                                                                           
Accepter l’inconnu qui rôde dans l’arbre. L’accepter, pas le capturer. Parfois il fait grandir le connu. (5.9.08)
*
 
Avoir de l’énergie n’est pas nécessaire pour dessiner un arbre, seulement un peu de calme. L’énergie est dans l’arbre. (8.85)

*
                                                                                    
Appel de la profondeur, car le monde quotidien est sans lumière, même quand le soleil inonde mon atelier.
Oui, je crois que les ténèbres c’est "moi", ma peur, ma vanité, ma ruse, mes amours, mon art… et je dois "faire avec", je dois les traverser pour atteindre la lumière, peut-être. C’est si important de ne pas me confondre avec moi-même. (1991)
                                                                                    
*

La peinture me mène là où je suis déjà. (11.5.97)

*
                                                                       
La vie secrète - pas vraiment secrète, mais presque toujours invisible - apparaît parfois dans les formes, arbres, objets. Elle les traverse, les habite, et vient vers nous.
Voir, c’est sentir cette transformation de la réalité, le plus simplement possible. Cette transformation apporte une énergie neuve, inconnue. Donner à ces forces invisibles une place, une fluidité, une résistance : le dessin, la peinture sont là pour cela, les rendre visibles.
Dans cette relation avec la part invisible de la réalité, je reconnais trois chemins : celui de la vitesse qui crée le mouvement, celui de la lenteur qui crée la profondeur, et celui du rythme, une alternance entre forme et espace. (09.06)
                       
                                                                                               
*

Une calme urgence travaille nos vies. Urgence à ne rien faire, à laisser travailler les forces naturelles. Elles ont mis du temps à se faire connaître, à rester séparées, hors du monde.
La présence vient de loin, se connaît, se reconnaît dans le mouvement silencieux. Elle passe - pour moi - par et dans la nature, par la forme des arbres. Formes où quelque chose la rejoint. Attente active. Capter et patienter. (12.6.06)                                   

*

Quand les démonstrations de force sont passées, il reste un peu de vide. Et une musique lointaine, venant à travers les arbres : des lignes aériennes, lentes concentrées. Elles n’ont rien à voir avec le corps de l’arbre. Pourtant, l’arbre les chante. (22.9.11)
                                                                *

Alexandre Hollan, Je suis ce que je vois, Notes sur la peinture

Je suis ce que je vois, Alexandre Hollan, po&psy (a parte), éditions érès 2015 25 euros.


Un aperçu L'autre regard un film documentaire de jacques Bertin


Alexandre Hollan, Je suis ce que je vois, Notes sur la peinture