mercredi 26 novembre 2014

lundi 24 novembre 2014

Poésie, Un grand vent s'est levé, Danny Marc


UN GRAND VENT S'EST LEVE

Il est venu de si loin
le long chemin de notre désert
Il était si profond
le long sommeil
             qui me séparait de toi

Elles sonnèrent si nombreuses
les longues heures
            où nous étions absents

Un jour est arrivé
où le tracé des étoiles a remplacé
           et le désert
           et le sommeil
          et l’absence

Ce jour là

un grand vent s’est levé




ORPHEE

Ce soir
le vent fou de tes mains
a dérangé mes cheveux
Il a fait basculer l’ordre établi
au temple de mon corps
Solidement construite
à la patience des jours
je me croyais de pierre
je me pensais de roc
Mais ce soir
le vent fou de tes mains
a dérangé mes cheveux
Il a ramené sur mes lèvres
le chant des vagues





SI NOUS REFAISIONS LE MONDE


(...)


Si nous refaisions le monde
      Ô toi que j’aime
à jamais tu saurais

l’amour en prière
et ma tendresse à genoux



Un grand vent s'est levé, Danny Marc préface Michel Cazenave 
post-face de Gaëtan Courrèges  Illustrations Danièle  Maffray
68 pages, 12 euros
Pages 11,17,63




Poésie, Un grand vent s'est levé, Danny Marc

mercredi 19 novembre 2014

Klavdij Sluban, Photographe




Klavdij Sluban Hauteville house Guernesey 2013
Klavdij Sluban, Hauteville House, Guernesey, 2013 © Klavdij Sluban

Les photos de  Klavdij Sluban se regardent longuement. Il y a quelque chose d’obscur qui ne fait que passer. Une voie du silence entre peinture et photo; une voie qui se pose comme à regret sur l’absence et la devine, sans que jamais rien ne vienne la contredire. Ses photos s’ouvrent à la parole d’un désert sans images.

Brigitte Maillard

Site Klavdij Sluban
Source photo Klavdij Sluban Habiter l'exil exposition Au coeur de l'intime
Podcast entretien Brigitte Maillard réalisé sur Aligre 93.1 avec Klavdij Sluban dans le cadre des émissions Monde en poésie de l'été 2011.

Klavdij Sluban, Photographe

dimanche 16 novembre 2014

KO UN, Poèmes Zen, Sous un poirier sauvage




Dans votre cœur
on entend le chant des oiseaux

je pose l’oreille sur votre cœur










Au cœur des ténèbres plus qu’obscures
une fleur s’épanouit
dans son cri solitaire

et là, tout près
et rouge, une fleur s’épanouit
sans rien dire












Les feuilles qui tombent
dansent en tombant

je quitterai ce monde moi aussi
en dansant








Sous un poirier sauvage, KO UN  Ed Circé
traduit du coréen par Han Daekyun et Gilles Cyr
extraits Au village de Mooni   page 70,  
Des poèmes des regrets 2002 pages 90, 91



« Ko Un est un poète grandiose, un mélange de connaisseur bouddhiste, de libertaire politique passionné et d’historien naturaliste »  Allen Ginsberg







le vent



Le vent se lève 
Ah ce monde. Ah l’autre monde.










Une parole



Trop tard 
Avant que je ne dise 
Ma parole 
Déjà le monde l’a entendue 
Le ver de terre l’a entendue 
Le cri du ver de terre --- Sss









Un nouveau chemin



A présent entre dans la mer 
Depuis les baleines et les requins jusqu’aux crevettes 
Jusqu’aux lieux sombres du fond des mers 
Que tu as beaucoup d’amis 
Au lieu de suivre les pas du Bouddha entre dans la mer.






Qu'est-ce? Poèmes Zen  KO UN





« En 84 courts poèmes, à l'image des 84 000 enseignements du Bouddha, des notations inspirées par la vie quotidienne viennent tenir en échec l'entendement rationnel et ouvrir la conscience à un autre ordre de réalité au-delà des habitudes. Dans des images venues de la poésie classique et de la tradition bouddhiste zen, le poète fait ici dialoguer la Chine ancienne et la Corée contemporaine en proposant de petits paradoxes énigmatiques pour dévoiler la vraie réalité en questionnant les apparences qui nous environnent. Ainsi le détail insignifiant renvoie à un ordre cosmique et permet de découvrir le sens profond de l'expérience futile. A la manière du koan à la formulation dense et rude, ces petits poèmes fulgurants cherchent à atteindre soudainement l'Illumination et guider le lecteur vers son propre Eveil. » extrait postface












« Auteur de plus de 130 livres, Ko Un (1933), a été fortement marqué par les massacres de la guerre de Corée (1950-1953) et il est entré dans les ordres bouddhistes en 1952. Il en est sorti une dizaine d'années plus tard pour se consacrer pleinement à sa carrière de poète. « Je voulais devenir un poète. Je suis devenu un poète », a-t-il l’habitude de dire. Nous lui devons aussi cette autre pensée célèbre : « Le poète devrait être lui-même un poème ». De son propre aveu, ses poèmes « ressemblent à des chuchotements plutôt qu’à des cris ».

Le poète sud-coréen Ko Un a remporté le Prix international Nord-Sud de la Fondation italienne Pescarabruzzo dans la catégorie poésie
Le prix international Nord-Sud a été établi en 2009 pour encourager le dialogue entre les hémisphères Sud et Nord du globe.



 KO UN, Poèmes Zen, Sous un poirier sauvage, poésie

jeudi 13 novembre 2014

Le rêve du papillon,Tchouang-tseu, Lu Chih

Zhuangzi Dreaming of a Butterfly, Ming dynasty, mid-16th century Ink on silk Lu Chih, 29.4 x 51.4 cm




« Zhuangzi rêva une fois qu'il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu'il était Zhuangzi. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Zhuangzi indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s'il était Zhuangzi qui avait rêvé qu'il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu'il était Zhuangzi. Entre Zhuangzi et un papillon, il doit bien exister une différence ! C'est ce qu'on appelle la Transformation des choses. »


Tchouang-tseuZhuangzi, chapitre II, « Discours sur l'identité des choses »


Le rêve du papillon,Tchouang-tseu, Lu Chih

dimanche 9 novembre 2014

Horacio Castillo, Recours au poème éditeurs, Lecture numérique

Alaska Horacio Castillo Recours au poème editeurs






L’arbre bleu 




Un arbre bleu ordonne l’univers.
Ses feuilles distillent sur la terre pluie ou miel,
et alentour naît un espace indélébile,
la zone où dort l’oiseau réel.





Épître 




Les Juifs demandent des signes, les Grecs de la sagesse,
mais moi je dis : Devenez fous.
Où est le sage, où est le scribe ?
La lumière du monde a été escamotée.
Êtes-vous aveugles ?
Réjouissez-vous de votre cécité.
Êtes-vous sourds ?
Réjouissez-vous de votre surdité.
L’aveugle a été choisi pour tout voir,
le sourd pour entendre l’inaudible.
Oui, devenez fous.
Car tous les yeux ont été voilés
et nous voyons seulement ce que nous ne voyons pas,
toutes les oreilles ont été scellées
et nous entendons seulement ce que nous n’entendons pas.
Voulez-vous des prodiges ?
Devenez fous.
Voulez-vous de la connaissance ?
Devenez fous.
Car à saisir l’Insaisissable
les mains se brisent,
à toucher la Vérité
la raison s’enflamme.
Devenez fous.








extraits pages 36 et 43 
Recueil traduit de l'espagnol (Argentine)
par Yves Roullière
Edition Bilingue / Bi-lingual (French / Spanish)
Novembre 2014
75 pages
ISBN 978-2-37226-012-1
€ 8.00
formats disponibles :
epub, mobi, pdf





Alaska vient de paraître aux nouvelles éditions Recours au poème éditeurs, collection Ailleurs, Recueil de grande qualité, voix puissante de l'auteur argentin Horacio Castillo

« Horacio Castillo (1934-2010) est unanimement salué comme un des plus grands poètes argentins de la seconde moitié du XXe siècle (…). La poésie et la poétique de Castillo, de son propre aveu, sont en effet parentes de celles d’auteurs étrangers à prétention d’emblée universelle comme Constantin Cavafis, Saint-John Perse ou Salvatore Quasimodo. Les réunit une même qualité épique, exaltant les êtres humains qui marchent à découvert dans les contrées lointaines et intérieures où les plus secrètes pulsions des héros et héroïnes que nous fûmes, sommes et serons, ne fût-ce qu’un instant de notre vie, s’opposent aux forces du destin et des dieux. » Yves Roullière


La revue numérique en ligne Recours au poème  ( Revue nourrie, dynamique, qui fait un travail d’accueil et de regard critique autour de la poésie, réservant une large place à la poésie contemporaine – florissante ) fondée par  Matthieu Baumier et Gwen Garnier -Duguy vient d’ouvrir une nouvelle porte, celle de l’édition numérique, Recours au poème éditeurs

On y retrouve différentes collections : Poètes des profondeurs, Contemporains, Ailleurs, Premiers poèmeset déjà de nombreuses parutions.

L’édition numérique est un enjeu de taille pour l’édition de poésie, à si faible tirage. Elle pourrait largement contribuer à sa diffusion. L’édition de poésie n’est pas très en forme  (lectorat faible, coût élevé des livres, excès de publications:  Un auteur s'évalue-t-il  au nombre de ses recueils comme à son ancienneté sur le marché poésie… )

De vifs débats animent l’apparition de la lecture numérique. Le goût du papier, la tradition du livre/objet que l’on aime tenir entre ses mains, ce dialogue intime qui se crée ainsi pourra-t-il exister avec le livre numérique ? Comment se relier à ce nouvel outil ? Comment se réapproprier cette lecture, l’annoter tout simplement. Quid de la dédicace de l’auteur, de la page écornée, de la chaleur du livre, de son odeur, de nos bibliothèques, de nos mémoires… que faire de toutes nos habitudes de lecteur ?


Tout est à inventer sur ce chemin numérique. Recours au Poème nous y conduit. 

Lire aussi entretien Matthieu Baumier et Christophe Morlay exposent la raison d'être
d'une maison d'édition numérique dédiée à la poésie


Recours au poème éditeurs:



Horacio Castillo, Recours au poème éditeurs, Lecture numérique

lundi 3 novembre 2014

Effacement, Spered Gouez, L'esprit sauvage

Spered Gouez l'esprit sauvage n°20
Effacement est le thème du numéro 20 de la revue Spered Gouez /L’esprit Sauvage, revue créée par Marie Josée Christien et éditée avec le concours du Centre culturel breton Egin.
On retrouve en couverture (et sur la quatrième de couverture) une photo du land artiste Roger Dautais (Roger Dautais sur Monde en poésie)
Sur le sable mouillé, une signature : Un poème de Youenn Gwernig, «  Car il faut que chacun compose le poème de sa vie » dont bientôt la mer effacera les lettres une à une. Effacement.


"L’ effacement  n'est pas une simple expérience personnelle mais une façon d'être au monde, un envol subtil et subversif. (...) c'est surtout abdiquer toute volonté de domination pour mieux voir l'autre, voir apparaître en soi l'éclosion du monde et être attentif à sa fragilité et à sa force sauvage"  Marie Josée Christien


Chroniques sauvages, Point de vue, Escale et Avis de tempête forment la première partie de la revue. On y retrouve des articles sur Malik Duranty, Tristan Corbière, Eve Lerner, Jean Noël Gueno…les regards  de Marie Josée Christien, Guy Allix, Jean Bescond, Jean-Claude Bailleul, Bruno Geneste, Patrice Perron et Jacqueline Saint Jean sur livres et revues…coups de cœur et vagabondages.

Puis vient le chœur des auteurs anonymes. Auteurs, poètes qui ont répondu présent à la proposition de la rédaction : œuvrer sous couvert de l’anonymat au thème de l’effacement. (anonymat relatif puisque grâce au sommaire le lecteur identifie s’il le souhaite auteurs et poèmes).

La densité des écrits nous conduit avec force d’un univers à l’autre, si différents, mais unis autour de la grande action de l’Effacement. Toutes les questions se posent jusqu’à ce qu’apparaisse à la fin la simplicité du  petit poème pensif tout parfumé d’aurore. Comme s’il n’était plus possible de discourir.

Avec les litanies pour un effacement, l’auteur fait vivre d’expérience l’effacement dans les lettres. Une succession rythmée, jusqu’à une petite lettre en suspension...

L’effacement prend toutes les couleurs, qu’il s’agisse de sa relation avec l’ego, la littérature, de la disparition des êtres, de notre marche vers l’absence, entre le vide et le plein/ le début et la fin/ la fin, de nos traces perdues, de ce devenir invisible/sans secrets/sans pays/sans passé, et de cette question au soir/ qu’emporterai-je ?...Je me suis effacé /après avoir lu mon poème…juste/ une trace sur le sable…

Chacun pourra en lisant cette revue poursuivre son dialogue intérieur avec l’effacement, être saisi par les résonances.



Faut-il donc s’effacer au point de disparaître ?

                 les morts le font
                    et nous les cherchons
                       en vain

         Plutôt faire silence en soi
                pour qu’ils passent
                       les jours

        comme de grands oiseaux

    Et tu entendrais leurs appels
         vers l’autre continent



extrait page 125 Revue Spered Gouez N°20



Présentation de la revue:

Festival du Livre en Bretagne

Brigitte Maillard

Effacement, Spered Gouez, L'esprit sauvage

mercredi 29 octobre 2014

Henri Michaux, Moments, A distance, Poésie/Gallimard








après un long voyage

Rien
seulement rien
«  rien » s’élève du naufrage

Plus grand qu’un temple
plus pur qu’un dieu

« Rien » suffit
frappant le reste d’insignifiance
d’une inouïe, invraisemblable
pacifiante insignifiance (…)

La table vit de moi
je vis d’elle

Est-ce tellement différent ?
Existe-t-il quoi que ce soit
de totalement différent
manteau  table  tissu  tilleul
colline  sanglier
différents seulement
parce que semblables

par-dessus  tout
effaçant  tout
Unité
Totalement
Tous les êtres
le règne de l’existence commun à tous
Magnifique ! (…)

pages 105, 106
VERS LA COMPLETUDE
extrait de Moments
HENRI MICHAUX
poésie/Gallimard
octobre 2014





Ses légers seins ocres m’appellent
m’ensoleillent
m’ensorcellent
jardins de noce, épées de lys
fuseaux dans le foin
cabane par intimité
palais par préciosité
une main va toucher
une bouche va bouger
toutes les eaux du monde
récitent les versets de la félicité (…)

j’ai poussé la porte de l’union
j’aborde de nouvelles rives
j’aborde sans cesse de nouvelles rives

la nuit est notre palmeraie (…)

jade au-dehors
feuillage et fruit au-dedans
oubli des murs
prière dans la roue
Tous les visages de la journée
s’achèvent dans la paix de son visage

Un lac, dirait-on, jour après jour veille sur nous
( ...)


Annonciation, pages 150, 151
extrait de A distance
HENRI MICHAUX
poésie/ Gallimard
octobre 2014




Pour le 30ème anniversaire de la disparition d’Henri Michaux les Editions Gallimard viennent  de faire paraitre ces deux recueils d’Henri Michaux, recueils de poèmes inédits publiés en 1996 réunis cette année dans la collection poésie/Gallimard

C’est à (re)découvrir tant la poésie d’Henri Michaux annonce
l’immensité de la vie intérieure et se révèle si proche de nous.
Annonciation est un poème de beauté
"  Le chant qui s’était tu, croyait-on à toujours avec Nous deux encore en 1948, a fait plus que revenir en grâce avec Annonciation. Il s’est inventé un espace jusque-là inaccessible, il a trouvé le souffle et les mots, la ferveur, l’ensoleillement, et pour une fois une manière de dire oui à une joie sans ombre, à un plaisir sans défense "

Préface André Velter





Henri Michaux, Moments, A distance, Poésie/Gallimard