La poésie nous parle de la vie autrement, comme le ferait un coucher de soleil. Elle nous ouvre au monde.Un monde sensible.
Et c'est toute la saveur du réel qu'elle nous fait respirer. C'est ça la poésie. Simplement. Ce n'est pas savant. C'est une ouverture au monde sensible.
"Une substance de vie". Quelque chose d'autre qui coule dans nos veines et qui est notre humanité.Ce quelque chose qui ne demande qu'à être vu pour se dévoiler.
Se dire en mots et en silence.
BM

mardi 29 septembre 2009

Dire la poésie,il y a le mot & il y a le papillon


Prenons le mot papillon. Pour utiliser ce mot, il n'est pas nécessaire d 'avoir une voix qui pèserait moins d'une livre ni de lui mettre de petites ailes poussiéreuses. Il n'est pas nécessaire d'inventer une journée ensoleillée ou un champ de jonquilles. Le mot papillon n'est pas un vrai papillon. Il y a le mot et il y a le papillon. Si tu confonds ces deux éléments, les gens ont le droit de rire de toi. N'en fais pas trop avec le mot. Est ce que tu essaies de suggérer que tu aimes les papillons plus que n'importe qui, ou que tu comprends vraiment leur nature? Le mot papillon n'est qu'une information. Ce n'est pas pour toi l'occasion de planer, de t'élever dans les airs, de venir en aide aux fleurs, de symboliser la beauté et la fragilité, ni en aucune façon de personnifier le papillon. Il ne faut pas jouer les mots jusqu'au bout. Jamais. N'essaie jamais de quitter le sol quand tu parles d'envol. Ne ferme jamais les yeux en rejetant la tête sur le côté quand tu parles de la mort. Ne me fixes pas avec tes yeux brûlants quand tu parles d'amour. Si tu veux m'impressionner quand tu parles d'amour, glisse ta main dans ta poche ou sous ta robe et branle-toi. Si l'ambition et la soif d'applaudissements t'ont poussé à parler d'amour, tu devrais apprendre à le faire sans te déshonorer ni déshonorer ton matériau.

Quelle expression exige notre époque? Elle n'exige aucune expression particulière. Nous avons vu des photos de mères asiatiques affligées. L'angoisse des organes que tu tripotes n'intéresse personne. Ton visage ne peut rien exprimer qui puisse rivaliser avec l'horreur de notre temps. N'essaie même pas. Tu ne ferais que t'exposer au mépris de ceux qui ont profondément ressenti ces choses. Nous avons vu des bandes d'actualité montrant des êtres humains aux limites de la souffrance et de l'effondrement. Tout le monde sais que tu manges bien et que tu es même payé pour être là. Tu joues devant des gens qui ont vécu une catastrophe, ça devrait te calmer. Dis les mots, transmet l'information, retire-toi. Tout le monde sait que tu souffres. Tu ne peux pas dire au public tout ce que tu sais sur l'amour dans chaque vers d'amour que tu dis. Retire-toi et le public saura ce que tu sais parce qu'il le sait déjà. Tu n'as rien à lui apprendre. Tu n'es pas plus beau que lui. Pas plus malin. Ne crie pas. N'essaie pas de rentre de force, à sec. C'est une mauvaise façon de faire l'amour. Si tu tiens à montrer tes organes génitaux en vers alors tu dois tenir tes promesses. Et rappelle toi que les gens ne veulent pas d'acrobate au lit. De quoi avons nous besoin? De rester au plus près de l'homme naturel, de la femme naturelle. Ne fais pas semblant d'être un chanteur adulé avec un public immense et fidèle qui a suivi les hauts et les bas de ta vie jusqu'à ce moment précis. Les bombes, les lance-flammes et toutes ces merdes ont détruit bien plus que des arbres et des villages. ils ont aussi détruit la scène. Est-ce que tu penses que ta profession allait échapper à la destruction générale? La scène n'existe plus. Les feux de la rampe n'existent plus. Tu es au milieu des gens. alors sois modeste. Dis les mots, transmets l'information, retire-toi. Sois seul. Dans ta chambre. Ne te mets pas en avant.

C'est un paysage intérieur. Ça se passe a l'intérieur. C'est privé. Respecte le caractère privé de ton matériau. Ces textes sont écrits dans le silence. Le courage de ce jeu est de les dire. La discipline du jeu est de ne pas les violer. Laisse le public ressentir ton amour de la solitude même si tu ne connais aucune solitude. Sois une bonne pute. Le poème n'est pas un slogan. Il ne peut pas faire ta pub. Il ne peut pas faire la promotion de ta sensibilité. Tu n'es pas un étalon. Tu n'es pas une femme fatale. Toutes ces conneries sur les petits chefs de l'amour... Tu es un étudiant en discipline. Ne joue pas les mots jusqu'au bout. Les mots meurent quand tu les joues jusqu'au bout, ils se flétrissent et il ne nous reste que notre ambition.

Dis les mots avec la même précision que tu mettrais pour vérifier une liste de blanchisserie. Ne t'attendris pas sur le corsage en dentelle. Ne te mets pas à bander quand tu dis "petite culotte".
N'aie pas de frisson à cause d'une serviette de toilette. Les draps ne devraient pas faire naître d'expression rêveuse dans tes yeux. Inutile de pleurer dans le mouchoir. Les chaussettes ne sont pas là pour te rappeler des voyages étranges et lointains. Ce n'est que ton linge sale, ce ne sont que tes vêtements. Ne joues pas au voyeur. Mets-les, c'est tout.

Le poème n'est qu'une information. C'est la constitution du pays intérieur. Si tu le déclames et si tu le gonfles avec de nobles intentions, alors tu ne vaux pas mieux que les politiciens que tu méprises. Tu es quelqu'un qui agite un drapeau et que fait bassement appel à un patriotisme sentimental. Pense aux mots comme à un science pas comme un art. Ce sont des comptes rendus. Tu parles devant une assemblée du club des Explorateurs de la Société Géographique Nationale. Ce sont des gens qui connaissent les risques de l'escalade. Ils t'honorent de considérer ce que tu dis comme allant de soi. Si tu leur mets le nez dedans, ce sera une insulte a leur hospitalité. Parle-leur de la hauteur de la montagne, de l'équipement que tu as utilisé, sois précis à propos des surfaces et du temps qu'il t'a fallu pour les escalader. Ne cherche pas à provoquer dans le public des hoquets et des soupirs. Si tu en mérites, ils ne te viendront pas de ton évaluation mais de celle de ton public. Ce sera dans les statistiques. non dans les tremblements de la voix ou les effets de manche. Ce sera dans l'information et la tranquille organisation de ta présence.

Evite les fioritures. N'aie pas peur d'être faible. N'aie pas honte d'être fatigué. Tu as une bonne tête quand tu es fatigué. On dirait que tu pourrais continuer comme ça indéfiniment.

Maintenant viens dans mes bras. Tu es l'image de ma beauté.
Ce texte formidable est de LEONARD COHEN et je l'ai croisé sur le site d'Alice Dézailes que je remercie chaleureusement de ce partage

dimanche 27 septembre 2009

S'abandonner au souffle

Fichier:Guimet shitao monts jinting.jpg

Je parle avec ma main
tu écoutes avec tes yeux
Shi Tao
En lisant la revue PHILOSOPHIE Magazine N° 32
J’ai été attiré par cette peinture de SHI TAO
Les Monts Jinting en automne MUSÉE GUIMET(PARIS)
Mon œil a commencé à se promener à l’intérieur
du tableau avec une vivacité surprenante.
La promenade est joyeuse , la nature chargée de tous
les éléments révèle un sens du vide surprenant !
J’ai l’impression que mon œil est guidé du bas vers le haut
et cette traversée m’apaise…
Il semble y avoir là tout un univers de correspondances secrètes...
Chaque chose est à sa place .La route se trace. Je respire
plus profondément et j’ai la sensation d’une libre circulation
des souffles de l’univers .Mon corps est toutes portes ouvertes !
L’expérience est intense et très vivante.
Je lis alors l’excellent article (à découvrir) de Barbara Bohac :
« Le souffle du pinceau » et je comprends
pourquoi la contemplation de la toile se mue en expérience cosmique .
« Plus que des figures limitées et figées ce sont les souffles
dont toute chose est animée que le peintre entend capter »
François Cheng / Le langage pictural chinois
Quelques jours plus tard je suis à Beaubourg et je suis attirée
par un tableau de Jackson Pollock The Deep qui me fait un effet… semblable.
the_deep_xl

vendredi 18 septembre 2009

Souffleurs de vers

Partant de l'idée que l'humanité se transmet de bouche à oreille,
un collectif d'artistes tente le ralentissement du monde...
Le premier geste: Le chuchotement
Armés de cannes creuses du nom de Rossignols,
les souffleurs susurrent à votre oreille des secrets poétiques.
Actions commandos ...ou programmées.
Vaste projet à découvrir sur leur merveilleux site

alors rien que pour nous....

Imaginez , vous êtes quelque part et par la magie
du Rossignol une voix inconnue glisse à votre oreille
ces quelques vers

Fuku tabi ni
Avec chaque souffle
Cho no inaoru
Le papillon se déplace
Yanagi kana
sur le saule
Bashô

et à mon tour ...

Une petite flamme s'arrête pour te regarder
elle avance dans le vent
qui es-tu?
Je m'appelle lumière

à vous peut-être....



samedi 12 septembre 2009

PARTIR






....
Rester et ne plus rien voir que le bout de ton cœur
suspendu à ma plume
....
Rester et ne plus rien voir que ton avenir
Rester et ne plus rien voir que l’apprêt du silence
marqué au cœur par le désir
Le soleil sous la porte de tes rêves....

Rester et ne plus rien voir que toi....

Partir et rester avec le chat sur la cheminée....
Quand l’écho se fait tendre pour se délivrer....
Partir pour revenir sans cesse....
À l’appui du regard....

Partir là où le chant se délivre
....
Partir et oublier la nuit

Se frayer le chemin
....
À mon seul désir

Brigitte Maillard
Tous droits réservés Sacem

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