
Voici un texte récent de l'auteur Pier Mayer-Dantec
à son ami et poète André Chenet ,
conversation d'hommes autour de la chair du mot poésie
A André CHENET, suite à l’actuelle discussion
La poésie et le demain
Par le dégoût qui vivement croît, le désespoir qui s’accélère, une chance de renouveau se pointe. Une espérance de vie autre est palpable. Mais plus que jamais je me méfie de ce mot fier de "poésie". Et quand tu parles de remonter à la surface, tu mets l’œil où il faut.
Car aux origines, au temps du cri et de la musique première, la poésie était au centre, je parle bien sûr de cet esprit qui hume le monde et lui donne vie. Car le monde peut très bien se passer de nous. Il nous précède et nous succède, cela déjà nous le savons. Et si j’évoque la poésie, je parle d’un regard actif, d’une attitude de magie, d’illumination et de transe, et d’incantations éblouies. Toutes choses tu le sais que les « grandes »religions ont tué. Et il y a plus de poésie en n’importe quelle peinture rupestre qu’en certains papiers noircis, fussent-ils signés de plume illustre, plumes de faiseurs très habiles qui ne changent rien à l’existence, et donc en sont d’étranges monstres, ignorants du chaos ambiant comme des misères qui grimpent et assaillent le ciel assombri.
Il faudra jeter des rayons, il nous faudra vivre éblouis, et répandre cet esprit de braise, sinon tout encore se perdra.
Au départ était l’émotion, ensuite vint le blabla, parole vide et qui se branle alors même qu’elle est sans sexe, et voilà où tout est réduit.
Mais s’il faut luire du dedans et montrer le dedans dehors, s’il faut découper la nuit froide et venir y poser l’esprit, alors oui je serai là et avec tous, et ce que nous enfanterons nous dépassera nous-mêmes.
Et quand viendra l’heure fatale d’aller au monde des esprits, le pas sera aisé à faire, car vivants nous aurons vécu, debout nous aurons tenté, entiers nous aurons aimé, et à notre pas qui approche, cette menace malsaine et pauvre de l’Enfer qui viendrait nous brûler nous semblera bien dérisoire. Car de notre vivant déjà, bras tendus et âmes entières, nous aurons en ferveur brûlé. Alors en une atmosphère où clignent les signes d’un monde étoilé, nous éparpillerons nos âmes comme une nuée de lucioles, et le vieil enfer incrédule s’en ira fondre à jamais.
Pier Mayer-Dantec
article publié sur le site Facebook de Pier Mayer-Dantec le 6 novembre 2009
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"La pensée est un tout chez l’homme, ce n’est pas un supermarché." Pier Mayer-Dantec