La poésie nous parle de la vie autrement, comme le ferait un coucher de soleil. Elle nous ouvre au monde.Un monde sensible.
Et c'est toute la saveur du réel qu'elle nous fait respirer. C'est ça la poésie. Simplement. Ce n'est pas savant. C'est une ouverture au monde sensible.
"Une substance de vie". Quelque chose d'autre qui coule dans nos veines et qui est notre humanité.Ce quelque chose qui ne demande qu'à être vu pour se dévoiler.
Se dire en mots et en silence.
BM

dimanche 27 décembre 2009

Théorèmes Poétiques


C’est un vertige, la lecture des Théorèmes Poétiques de Basarab Nicolescu,

Physicien des particules élémentaires.


Passionnant et réel voyage dans un espace où j’entre en interaction avec les niveaux de réalité

qui se croisent pour me permettre de surgir de l’abîme.

Visiter « ce lieu de rencontre entre la physique quantique, la philosophie de la nature et l’expérience intérieure » est une expérience. C’est plus de mille théorèmes que Basarab Nicolescu écrivit " à toute vitesse " en 1994, comme guidé par un souffle créateur. Michel Camus dans sa préface en raconte la genèse et parle de cet ouvrage comme un ciel étoilé où scintillent toutes les questions que se pose l’homme.

Voici quelques moments recueillis de mon voyage…


Le silence intérieur est comme le vide quantique :tout devient possible.

Même l’univers et même la vie.

*

Du grand cirque des mots, il ne reste qu’un seul acteur, le funambule.

*

La suprême peinture : celle qui nous donne à voir la couleur ultime de notre être

*

Le plus grand mystère poétique : voir pour la première fois, son propre visage.

Au seuil de la chambre du Simorg : fête de deuil, fête de naissance

*

Un accélérateur de particules est, bien entendu, visible tandis

qu’un accélérateur de conscience est invisible.

Mais leur but est le même : les très hautes énergies

*

L’expression « origine éthymologique des mots » est trompeuse.

Il n’y a qu’une origine des mots-la parole perdue.

Les mots ne sont que les traces visibles de la parole perdue.

*

Choix difficile :la tombe d’une réponse ou le ciel d’une question ?

*

L’homme créaturel est l’enfant des étoiles.

L’autonaissance de l’homme renverse les rôles : c’est l’univers entier qui est enfanté par l’homme


Théorèmes Poétiques - Basarab Nicolescu -Éditions du Rocher-

mercredi 23 décembre 2009

Noël


Santorin - Akrotiri- photo B.Maillard



Tu me dis la lumière et je suis la tienne
Ensemble nous allons la rêver
Que le soleil se porte bien


Tous droits réservés Sacem Brigitte Maillard
extrait de Fragments

dimanche 20 décembre 2009

Photos et Tremblements, Antoinette Rouvroy


Midnight coffee .Photo Antoinette Rouvroy



Il est sur la route l’étranger
Ébloui par le soleil
Il regarde la lune se changer

*


Tous droits réservés Sacem Brigitte Maillard
extrait de Fragments


par Antoinette Rouvroy



Antoinette fait corps avec l'immatériel. C'est rare.

Son "paysage vu par un ange qui regarderait en lui-même"Rilke,
m'enchante.
Elle frémit, taille, superpose, inverse. Un autre monde apparaît.
Une quête qui nous tire vers l'énigme avec fantaisie et tremblements.

J'ai aimé cette photo , comme beaucoup d'autres, extraite
de son album Bruxelles par Light que vous pouvez
aussi retrouver sur facebook
et j'ai eu envie d'y tracer ces quelques mots.
Merci Antoinette pour cette rencontre.

vendredi 18 décembre 2009

Chant de moi-même, Song of myself


Voici un extrait d'un texte fulgurant de WALT WHITMAN - 1855 -

traduit par André Gide et retrouvé sur ce site
C'est le début du long chant du poète

«Je lance mon aboiement barbare par-dessus les toits du monde."

& pour une nouvelle édition et un peu d'histoire c'est par

- J'aime cette parole qui va clairement ,droit devant.




Arrachez les verrous des portes !
Arrachez les portes mêmes de leurs gonds !

Qui dégrade autrui me dégrade
Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.

A travers moi le souffle spirituel s'enfle et s'enfle, à travers moi c'est le courant et c'est l'index.

Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,

Par Dieu ! Je n'accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.
A travers moi des voix longtemps muettes

Voix des interminables générations de prisonniers, d'esclaves,
Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,
Voix des cycles de préparation, d'accroissement,
Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.
Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,
Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,
Brouillards sur l'air, bousiers roulant leur boule de fiente.

A travers moi des voix proscrites,
Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j'écarte le voile,
Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.

Je ne pose pas le doigt sur ma bouche
Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le cœur.
L'accouplement n'est pas plus obscène pour moi que n'est la mort.
J'ai foi dans la chair et dans les appétits,
Le voir, l'ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.
La senteur de mes aisselles m'est arôme plus exquis que la prière,
Cette tête m'est plus qu'église et bibles et credos.

mardi 8 décembre 2009

Nuit étoilée



Nuit étoilée sur le Rhône 1888 Vincent Van Gogh




Quand le jour passe à la nuit
J'ai le coeur crevé d'étoiles

*
Plonger dans la nuit noire
Enveloppée de désir
Au loin un ciel en feu
Au cœur un chant d’étoiles

Plonger dans la nuit noire
Y laisser tout son corps
Et surgir des limites
Inondée de lumière

Brigitte Maillard tous droits réservés Sacem
extrait La simple évidence de la beauté
éditions Atlantica- Seguier

Vague, E la nave va

dimanche 6 décembre 2009

La vague et la mer


La grande vague de Kanagawa ( 1831) - Hokusai




La vague et la mer ne sont qu'une
.;.
Chaque chose est prise dans l'être

une seule et même chose




Tous droits réservés Brigitte Maillard
extrait de Fragments

samedi 5 décembre 2009

J'irai vers le jour

Je marcherai avec les muscles
des pattes du petit caribou

Je marcherai avec les muscles
des pattes du petit lièvre

J'éviterai d'aller vers la nuit,
j'irai vers le jour


Anonyme-poème Inuit-
extrait du livre - Tour de terre en poésie-
rencontré sur Cathulu

et je me souviens de celui-ci...

I awake with the morning cry of the grey gull
I rise with the morning cry of the grey gull
I do not look towards the darkness
I look into the light

Je m'éveille au cri matinal de la mouette grise
je me lève au cri matinal de la mouette grise
Je ne regarde pas en direction de l'obscurité
Je regarde au coeur de la lumière

Anonyme -poème Esquimo

jeudi 3 décembre 2009

Dimension poétique du vivant

Un article de Paul Ariès "Vive la vie bonne"
paru sur le site du CNR - Conseil National de la Résistance - Midi-pyrénées

"... L'éveil de la sensibilité a besoin de temps, de gratuité, de profondeur :
toutes qualités déniées dans un système dirigé par la seule impulsion quantitative.
...Une vie simple, c'est déja une vie qui rappelle l'urgence et la beauté de vivre..."

mardi 1 décembre 2009

L'enfer et nous et l'art encore



Texte de Pier Mayer-Dantec
Suite à mon texte récemment paru ici, hanté de l’homme des cavernes, « La poésie et le demain », on s’interroge çà et là sur l’existence de l’enfer ; sur un monde assez idéal où l’enfer viendrait s’engloutir, avec crainte que la poésie n’en disparaisse à son tour.

Je ne parlais de l’enfer chrétien qu’en pure hypothèse, je n’y crois n’y jamais ni ai cru, je dirai peut-être un jour, en un texte tout ramassé, ce que je ne cesse de faire sentir, ma mystique libératrice, qui ne s’accommode ni du néant, ni de l’enfer et de son miroir inversé, qu’on nomme le doux paradis, où tout me semble mou et flasque, et ses allées semées de fleurs sentent pour moi la guimauve, au point que je n’y pose pied... L’enfer vrai n’est que sur terre, ce n’est pas de lui que je parlais, mais de l’autre dont on nous menace, et de cette menace je ris, comme de l’idée même de péché. Et le citer ne voulait pas dire que j’adhérais à sa croyance, croyance molle de couards nés, qui veulent vivre en se fouettant, d’un petit fouet de mortes prières, puis en s’achetant des indulgences, et cela sent assez mauvais que je dois plus loin respirer…

Ce qui est soulevé donc en douce, et bien plus sérieusement, revient à se poser la question de la douleur, de la faille et même, rien moins que de l'aliénation. De la nécessité de l'art, dont la poésie n'est que l'esprit commun et qui aime autant se nicher en danse qu’en théâtre ou musique, enfin en tous les arts vivants.
Car s’il y a nécessité d’art, c’est que certain manque nous emplit, nous cisaille et nous torture. Le poète au sens large et vrai est un sorcier bénéfique, le guérisseur attendu d’une vie ouverte aux blessures, et semée de maladresses et de coups bas. Qu’on relise donc Shakespeare, et puis me dise ce qui l’inspire… si ce ne sont pas les turpitudes et les secousses de l’homme bancal, autant que tyran pour s’en défendre, et que le vent des passions dévaste, et dont l’au-delà garde les traces comme en un arôme maudit, odeur de mort et de fantôme et qui emplit tout le ciel. Et c’est cela aussi l’enfer, c’est l’enfer sur maudite terre qui jette son empreinte au ciel, mais pour comprendre cela, il faut d’abord le sentir, et pour le sentir, il faut être partie du tout, du néant autant que du soleil, de la crapule d’homme comme des rois et des anges. Et ne pas se payer de mots, et explorer sa souffrance, jusqu’à la chair qui hurle en viande dès lors que l’âme se tord, de douleur ou d’abandon, de trahison des espérances, ou de trahison tout court : c’est le prix d’une vérité, et le garant de parole de chair…

Si la vie était juste et noble, nous n’aurions plus besoin de l’art, ou bien il se ferait gratuit, figures de style et panoplie, rapportée sur dos de danseur qui tangue la vie ébloui. Et peut-être s’il y survivait, serait-il risible même. D’ailleurs qui est la grande muse, sinon la Camarde aux ongles fous, et qui avance en froide nuit, ivre et toute titubante ?! Secondée de son assistante aux mille visages et ruses : la si cruelle maladie, elle cingle de son vent amer et n’a cure de rendez-vous.
Et ce serait bien le droit de chacun de préférer l’enfer poétisé avec l’homme qui y piétine, éternel balbutiant de la vie, si au bout du compte cela n’impliquait pas tout le malheur de l’être humain, cet éternel aliéné, ce pitoyable insatisfait.
Alors avons-nous autre choix que de poser sur le corps de la vie les doigts de la poésie ? pour tenter de la rénover et nous offrir cette étincelle, flammèche de l’idée d’une vie autre où enfin libérés du verbe, nous irions nobles et entiers sous le ciel, pleins de l’autre plus que de nous-mêmes, avec un ego tout blanchi.

Je ferais silence si je savais vivre, être atome d’air dans l’air, plume sur le dos du goéland. Mais nous sommes tous des exilés, chassés des limbes pour venir voir ce que nous pourrions accomplir, et quelle vie conquérir, au lieu de nous complaire en œuvres, en bons aliénés faits de pâte d’orgueil.

Seul l’art qui ne se pensait pas tel, parce qu’il n’était que souffle et magie, cet « art » rupestre justement, ancrait les hommes au cœur du monde sans leur ôter le moindre instinct. Et de leurs mains de sorciers voyants, ils faisaient vivre les bisons, les chevaux,dans le temps même de leur peinture . Et ils les guidaient en voyance, et les animaux le sentaient.
Mais cela n’était pas de l’art, c’était la quête d’une transe, la souvenance d’un corps de bête, et que nous avons larguée pour nous croire plus malins, nous les fragiles animaux contraints de déguiser nos manques en inventions épileptiques comme en art qui perd le grand nord.
Et que chante le bison en homme, que frissonne encore l’atmosphère, comme savaient le faire les premiers hommes, et l’on verra ce que devient l’art, et comment il prend ses congés, pour laisser place tout simplement à LA VIE, mais alors tout autre, étourdissante et enfiévrée, sous l’égide de l’infini.


Pier Mayer-Dantec

1er décembre 2009

article publié sur le site Facebook de Pier Mayer-Dantec le 1 décembre 2009
Tous droits réservés. Publication interdite sans l’autorisation de l’auteur.

« On ne taille pas dans mon esprit, pas plus qu’on n’y vient picorer. » Pier Mayer-Dantec

Tout est dans le cercle

photo Brigitte Maillard -tous droits réservés

Je découvrais hier cet extrait d'une chorégraphie, bouleversante d'unité, de Maurice Béjart
sur le Poète mystique Rumî,

Jalâl_ud_Dîn_Rûmî -1207-1273

J'ai aimé regarder ce mouvement né de la danse des Derviches Tourneurs
dont Rumî est le fondateur.
Le poète pratiquait de manière spontanée cette danse giratoire
qui l'inspirait et donnait forme à la voix de son âme.


... pendant des années j'ai tourné avec les étoiles...

...ils entrent tous dans la danse, la danse...

Ses poèmes sont un long chant d'amour, une poésie toute inspirée
par une présence qui le dépasse

...sans le vent du désir comment un monde pourrait-il s'ébranler...

Ouvre tes lèvres: le sucre abondant est ce que je désire
Ô soleil de toute beauté, sors un instant des nuages
Car ce visage rayonnant de lumière est ce que je désire
J'ai entendu dans ton ciel l'appel du tambour au faucon
Tel un faucon,je suis revenu car le bras du roi est ce que je désire


L'amour, c'est s'envoler vers le ciel,
l'amour, c'est déchirer cent voiles à chaque souffle
Dés le premier souffle interrompre le souffle
dés le premier pas, se couper des pas
Regarder ce monde comme rien
Et regarder son propre regard



Ouvrage de référence/Rûmî- Leili Anvar-Chenderoff- Éditions Entrelacs

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