La première fois que j’ai entendu cette expression, je lisais
un ouvrage de MICHEL CAMUS, un auteur avec qui je me sens particulièrement en résonance.
Il citait alors Jean Carteret qui dans Lorsque l’homme sera né ,
parle du poète comme l’homme le plus troué du monde…
Figure, image, concept … Je ne sais, en tous les cas, cette expression est pour moi un véritable aimant.
J’y reviens toujours. Avec elle,
Je suis corps, je suis traversée, je suis écrite
je suis tout l’or du monde
jusqu’à devenir l’étincelle qui me guide
jusqu’à ce que naisse, un jour, " le corps neuf " - Antonin Artaud- " le corps glorieux " - Jean Carteret-
qui est aussi cette " troisième chose " dont parle Nietzsche qui n’est " ni esprit, ni corps " …
Mais cet " homme troué ", qu’est-il ? Est-il cet instrument à trous,
ce corps criblé de trous que l’on imagine à terre, mort ou mourant ou/et seulement
ce corps léger qui laisse passer l’air des courants d’air…
Je pense à ce poème de Kabîr extrait de Paradoxes tiré de Au cabaret de l’amour
Ram joue d’un instrument criblé de trous
Il danse sans pieds et sans mains
Sans mains, il joue ; sans oreilles, il entend
Il est lui- même l’oreille et l’auditeur
explore avec force cette pensée :
Haine de la poésie
( Georges Bataille)
S’ouvrir et attendre que s’écrive
non pas un poème
mais ce qui traverse et dépasse
l’homme troué
qui n’est pas quelqu’un,
mais une goutte de lumière,
un grain de silence
un noyau fermé sur soi
de transpoésie inconnue :
quelque chose d’infiniment ouvert
seulement vers l’intérieur,
quelque chose d’abyssal à quoi
grâce à sa lumineuse ignorance
il se sent verticalement relié.
La préface de BASARAB NICOLESCU éclaire avec cette même force le sens du travail de MICHEL CAMUS -
« interface entre la poésie, la philosophie et la gnose »
Préface en ligne sur le net, à découvrir ICI
Je cherchais une illustration pour" l’homme troué" et c’est auprès de DALI que je l’ai trouvée
avec NEWTON SURRÉALISTE