La poésie nous parle de la vie autrement, comme le ferait un coucher de soleil. Elle nous ouvre au monde.Un monde sensible.
Et c'est toute la saveur du réel qu'elle nous fait respirer. C'est ça la poésie. Simplement. Ce n'est pas savant. C'est une ouverture au monde sensible.
"Une substance de vie". Quelque chose d'autre qui coule dans nos veines et qui est notre humanité.Ce quelque chose qui ne demande qu'à être vu pour se dévoiler.
Se dire en mots et en silence.
BM

vendredi 19 novembre 2010

Un invisible regard, Denis Monfleur, Michel Camus


Denis Monfleur Sculpteur


Grande tête - 188x42x45 -
granit et acier 2003


Editions Table ronde 2010



L'homme est-il né pour extraire 
 des yeux fermés de  la matière un invisible regard?


Michel Camus
extrait de L'Arbre de vie du vide
éditions Lettres Vives







samedi 13 novembre 2010

Roger Dautais, Landartiste




" Car il faut que chacun compose le poème de sa vie " Youenn Gwernig


Il aime se pencher sur les rives, décorer les océans, du sable faire une croix. Il suit son geste dans les couleurs de sa trace. Ce geste comme « L’unique trait de pinceau » du Landartiste.
Quand sa main glisse sous le sable, il pense à son aimée dont les yeux bleus caressent l’espace. Il s’anime. Tout lui parle à cet homme, les pierres et les allumettes, votre sourire et ses regrets.
Plongé dans la nature, il est de ceux qui dansent sur la mer... 
Roger Dautais trépigne, fouille le sol. Il regarde l’espace et le prend sous sa main, le corps endolori par la pliure. Un genou à terre, Roger dessine une spirale sur le sable. Quelques heures plus tard, seul face à l’océan, il regardera peut-être la mer effacer son œuvre… c’est le principe même du Land art, l’œuvre n’existe plus que dans la mémoire de l’artiste, celle de ses mains et du cœur à l’ouvrage 

« La route me tend les bras. Il me serait bien impossible de dire vers où j'irai demain, tant ma vie de land-artiste s'inscrit dans l'aléatoire, l'éphémère, l'inconnu. C'est comme ça depuis tant d'années, depuis que je pratique le land art. Je peignais une mauvaise toile inspirée par la vie d'Ana Mendieta, prêtresse du land art Américano-Cubaine, trop vite disparue, lorsque j'ai ressenti cet étrange appel vers l'extérieur, vers la nature. Nous étions en 1999 et je décidais de changer de cap, d'abandonner la peinture pour suivre cette inspiration. Mes vrais premiers pas en land art ( je ne compte pas ceux réalisés sans conviction quelques années avant) datent de cette année là et je pourrais encore vous emmener sur cette plage où j'ai réalisé, devinez quoi...un gisant »
 extrait du blog de Roger Dautais - Le chemin des grands jardins


Sur son blog, comme un livre ouvert, Roger Dautais se raconte. Il nous offre des témoignages, des lectures, des rencontres … une vie d’artiste que l’on peut suivre en toute simplicité.
Mais il écoute aussi la vôtre . C’est là que je l’ai rencontré.


« Chercheur d'ailleurs, coureur d'estran, marcheur impénitent, fabricant d'étoiles, monteur de cairns, tisserand d'instants précieux, ravaudeur de rayon de soleil, dompteur d'écume, tourneur de spirales, voyageur né, , ami des fleuves et des rivières, passant des déserts, enchanteur de coudrier, découvreur d'onde pure, rêveur à la belle étoile, ami d'Orion et d'Horus, artisan des matins glacés, il me semble, de plus en plus, ne pas connaitre grand chose dans ce lien qui me rattache à la nature. La poésie de ma démarche est sans doute dans ce questionnement, cette partie de mon enfance, si présente, qui me fait, chaque jour, plus étonné du jour qui se lève. Je pense avoir besoin de cette naïveté pour être en mesure de jouer encore ma vie dans ces installations. Ceci ne veut pas dire que je vois la vie, naïvement, non, bien au contraire, mais j'espère de transformer cette crainte de l'avenir que l'on nous propose, et prépare en instants "vivables", autrement. Il est vrai que j'y arrive assez facilement, avec cette capacité d'oubli qui est la mienne, au moment de la création, non pas que je sois dans un état second, mais simplement, occupé et croyant au travail que je fais, sans d'ailleurs essayer de lui donner une valeur de qualité, une note. Nul besoin de cultiver ce détachement , il est naturel et je pense, inspiré par la finitude de l'homme.Les photos, lorsque j'en prends, me permettent souvent de découvrir plus justement ce que j'ai réalisé » extrait du blog de Roger Dautais - Le chemin des grands jardins

Mais silence, Roger est penché sur le sable, il regarde, dessine avec les pierres « des empreintes imprimées par le cœur » comme dirait Guo Ruoxou . Il n’imite pas la nature, mais travaille avec elle. L’expérience est intense. Le poème commence à suinter de la pierre. Le monde vient à sa rencontre…l’homme frémit.

« Le vrai toujours

est ce qui tremble
 entre frayeur et appel

 entre regard et silence" 


Et le souffle devient signe - François Cheng
(Poème transmis par Arlettart  - Au gré des jours )


En chaque homme une dimension poétique, celle-là même qui crée notre existence et nous donne sens. C’est dans le cadre de cette quête inlassable de trouver un autre rapport avec la réalité, 
une autre façon de penser le monde que j’ai croisé le chemin de Roger Dautais. 
Engagée dans le monde par le poème, j’y retrouve le même écho. Il est ainsi un nouveau regard sur l’humain que l’on peut suivre en toute gratuité sur son blog.

Finalement Roger, ton blog c'est comme un cairn que tu serais en train de bâtir là sur la mer, jour après jour tu nous réponds avec la même présence, nos regards se croisent à l'horizon et nous sommes de plus en plus nombreux à te voir ...


« J'ai aimé tenter d'inventer ma vie, de l'imaginer, de l'écrire puis de la réaliser. Je crois que le rêve a un prix, comme la liberté, et si j'ai payé cash, je ne regrette pas mes choix. Ce dont je suis sûr, c'est que nous n'emmenons rien de l'autre côté du miroir et cela m'a aidé à suivre une route, donner un sens à mon travail d'artiste et m'inscrire dans l'éphémère en pratiquant le land art. Mais je ne pourrais pas continuer sans ce besoin vital de lien avec mon alter ego, sans cultiver cette humanité qui me compose, sans aimer la vie. »

extrait du blog de Roger Dautais - Le chemin des grands jardins



vendredi 12 novembre 2010

La pensée du mouvant, identité-monde



"Comment ne pas voir que nous sommes à la naissance d'un nouveau monde? Exils, exodes, errances personnes déplacées, chassées par la misère ou fuyant l'oppression, catastrophes climatiques, flux de populations comme jamais le monde n'en connut, migrations volontaires ou subies,  flux de capitaux,  flux d'images, flux de sons, flux d'informations dont nous voyons bien qu'ils traversent toutes les structures qui tentaient jusque  là de les contenir ou de les réguler: un maelström ou meurt un monde et s'engendre un nouveau dont nous ne commençons  qu'à peine à discerner les contours mais dont nous sentons bien qu'il exigera de nous un changement de coordonnées mentales....Il se pourrait bien, souligne le philosophe indien Arjun Appadurai, que le monde qui vient nous oblige à penser très vite en termes de flux et non plus de structures, à oser sortir des catégories du stable pour se risquer à une pensée du mouvant" Michel Le Bris extrait de son texte Lisez Rimbaud paru dans Je est un autre - Pour une identité monde  Jean Rouaud et Michel Le Bris - Gallimard


Je lisais ces extraits dans le tract d'action poétique n°31 - Rimbaud, la route, le rail - des Voleurs de Feu, Association à découvrir sur leur site et je me dis que j'aime ce concept de pensée du mouvant, il est en train de me faire le même effet que la pensée du tremblement  d'Edouard Glissant dont je parlais ici même. 
Toutes deux ouvrent l'espace. Audacieuses pensées.  
Nous allons pouvoir penser en dehors des " catégories stables" que sont territoires, frontières - état, nation -....Les flux peuvent d'eux mêmes nous  conduire loin du dernier monde connu..
Notre identité en sera toute secouée.

Sur la quatrième de couverture de cet ouvrage Je est un autre - Pour une identité monde,
on peut lire


"Chaque être est un millefeuille, autrement dit un livre composite, qui ne peut se réduire à cette fiction identitaire nationale. "Je est un autre", lançait il y a longtemps un poète fameux. Et cela est encore plus vrai aujourd'hui, en une époque de fantastiques télescopages culturels, tandis que naît un monde nouveau où chacun, au carrefour d'identités multiples, se trouve mis en demeure d'inventer pour lui-même une "identité-monde". Les romanciers qui ont appris à composer avec toutes ces voix de l'intérieur, discordantes, foisonnantes, paralysantes, entraînantes, qui se moquent des langues et des frontières, ont évidemment leur mot – poétique – à dire."




Nous partons vers un nouveau voyage. Peut-être faut-il alors revenir sur les rives du fleuve 
pour ne pas oublier le mouvement immobile...




Brigitte Maillard
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