vendredi 3 juin 2011

Sont les fleuves, Jorge Luis Borges, Jacques Ancet

Photo Brigitte Maillard - 2011 - Cliquez sur
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Nous sommes temps. Nous sommes la fameuse
parabole d'Héraclite l'Obscur,
nous sommes l'eau, non pas le diamant pur,
l'eau qui se perd et non pas l'eau dormeuse.
Nous sommes fleuve et nous sommes les yeux
du grec qui vient dans le fleuve se voir.
Son reflet change en ce changeant miroir,
dans le cristal changeant comme le feu.
Nous sommes le vain fleuve tout tracé,
droit vers sa mer. L'ombre l'a enlacé.
Tout nous dit adieu et tout s'enfuit.
La mémoire ne trace aucun sillon.
Et cependant quelque chose tient bon.
Et cependant quelque chose gémit.




         Jorge Luis Borges
LA PROXIMITÉ DE LA MER
une anthologie de 99 poèmes
édité, préfacé et traduit de l'espagnol ( Argentine)
par Jacques Ancet
Gallimard


Lumière des jours, le blog de Jacques Ancet




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2 commentaires:

  1. L'eau est la maîtresse du langage fluide, du langage sans heurt, du langage continu, continué, du langage qui assouplit le rythme, qui donne une matière uniforme à des rythmes différents. Nous n'hésiterons donc pas à donner son plein sens à l'expression qui dit la qualité d'une poésie fluide et animée, d'une poésie qui coule de source.
    Gaston Bachelard, L'eau et les rêves

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  2. toute ma vie est marquée par l'image de ces fleuves, cachés ou perdus au pied des montagnes.Comme eux, l'aspect des choses plonge et se joue entre la présence et l'absence. Tout ce que je touche a sa moitié de pierre et sa moitié d'écume Jean Tardieu

    Bonne soirée Jeandler

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