vendredi 29 avril 2011

Pina Bausch, Win wenders



PINA 
Je viens de voir ce film où les corps dansent comme un seul homme.
Ils éclatent dans la joie comme dans la peur, tournent, s’enroulent, se soupèsent,
tombent, s’arrosent, se chevauchent, vivant en chœur la démesure …
c’est jouissance de voir tant de vie se libérer.
Ce corps qu’est la compagnie des danseurs du Tanztheater ( Théatre de danse) 
Wuppertal porte depuis sa création l’aspiration sans cesse rejouée de la chorégraphe 
«  à quoi aspirons-nous ? D’où nous vient ce désir ardent ? » avec une générosité immense.
 C’est de cette matière qu’est faite l’œuvre de Pina Bausch. En allemand ( difficile à traduire) 
Sehnschut, un mix de nostalgie, émotion, envie, générosité, regret et langueur.
 Bouleversant ce travail filmé par Win Wenders avec tant de fluidité. 
Ces gestes qui tracent l’espace dans la rue ou sur une scène, qui viennent grâce aux images 3D 
jusqu’à nous dans un lieu bien étrange …ce n’est pas le théâtre, ce n’est plus le cinéma…
J'ai aimé redécouvrir le Travail  envoûtant de Pina Bausch comme une urgence de vivre
Dansez dansez sinon nous sommes perdus ".

vendredi 8 avril 2011

Pien Chih-Lin, Traces insignifiantes, Poésie chinoise

Cercle enflammé
source 

Tu te tiens seule sur le pont
contemplant le paysage;
Tu es dans le paysage
Qu’admire un autre du balcon.
Un rayon de lune t’éclaire
auprès de ta fenêtre;
Ta figure illumine,
D’un autre, le rêve nocturne.

Pien Chih-Lin  

Poète chinois 
extrait de Traces Insignifiantes
1979

source: Entre source et nuage,
Albin Michel
François Cheng



vendredi 1 avril 2011

Coeurs absents, Mohamed El Jerroudi


Le recueil Cœurs absents de Mohamed El Jerroudi.
Une mélodie silencieuse dont les mots éveillent la présence.

Sur la couverture, un visage tragique.
Il est comme un masque qui se défait.
L’œil nous regarde et la main signe l’espace.
Ce visage bat comme un cœur, 
se déchire dans l’absence, et lance son cri muet.
Il est rouge, presque burlesque, faut-il rire où pleurer ?
Cette peinture sur toile du peintre Mohamed Drissi augure
l’intensité de l’écriture de Mohamed El Jerroudi.

C’est sous le signe du visage, de celui qui crie derrière la porte close,
 de celui qui s’efface jusqu’à l’empreinte du regard, que vit cette poésie. 
« Poèmes dorés » qui nous accompagnent vers le visage inconnu.

"(…) Avec l’écho des légendes
Ressusciter les racines
Des figuiers sauvages
Et je lis le temps
J’immobilise la nostalgie
Au cœur de mon cœur

Si mon rêve était absent
Mon regard intérieur serait

Présent "

Mohamed El Jerroudi crie sa soif de la liberté.
Nuit étoilée dans les déserts des mondes, l’homme avance.
Son «  encre est brûlante », telle est l’écriture du poète.

« Les raisons du silence

Je ne suis pas muet
Pour que l’on prenne
La parole à ma place

Mon cri
est assez fort
pour déchirer
le ventre du silence

Je partirai très loin
Je laisserai derrière moi

un nom

Qui fond dans la bouche
comme une grappe de raisin

J’irais de l’avant
et renaîtrai à l’ombre

d’un rêve éternel »

Prendre un peu du sable de cette poésie et y poser ses lèvres est une joie.
Elle nous conduit, là où les dieux sont absents, où il n’y a plus d’histoire
ni même de nom, au bord du «  secret qui nous habite » à l’écoute

"(…)de ces voies lointaines
qui nous viennent
d’un autre monde
nous dire…
comment le temps
nous dévore
et nous déshabille
devant la mort"

J’ai vécu ce recueil comme l’intense voyage du poète qui demande
par le sang de sa chair, que sa parole lui soit rendue. La simplicité
des mots lui donne cette couleur particulière de l’évidence.
S’il y a les arbres, les oiseaux, les dunes, la mer et les rivages,
il y a le silence
et

"(…)ce visage, oui
ce visage serait-il
le mien"


Mohamed El Jerroudi est un poète marocain de langue française.
Professeur de Français jusqu’en 2010, il est aussi critique d’art, conférencier.
Il publia son premier recueil en 1998
Le silence décrit - ( La croisée des chemins, Casablanca)


Coeurs absents  - Préface Jean Botquin - Éditions du Cygne
janvier 2011 - 10 euros

SITE DES ÉDITIONS DU CYGNE


Brigitte Maillard


..........................................................................................................................................................