La poésie nous parle de la vie autrement, comme le ferait un coucher de soleil. Elle nous ouvre au monde.Un monde sensible.
Et c'est toute la saveur du réel qu'elle nous fait respirer. C'est ça la poésie. Simplement. Ce n'est pas savant. C'est une ouverture au monde sensible.
"Une substance de vie". Quelque chose d'autre qui coule dans nos veines et qui est notre humanité.Ce quelque chose qui ne demande qu'à être vu pour se dévoiler.
Se dire en mots et en silence.
BM

vendredi 30 décembre 2011

Alireza Rôshan, jusqu'à toi combien de poèmes





"elle m'a enflammée
et de moi
s'est détournée
pour ne pas brûler"





C’est sur les réseaux sociaux que j’ai fait la connaissance d’Alireza Roshan, Poète iranien. 
Il était alors emprisonné depuis début septembre avec neuf de ses camarades, 
responsables d’un site web de la Confrérie des derviches Gonâbâdi.
Un ordre soufi persécuté par le pouvoir depuis des années et précise son éditeur
«  dont la seule faute consiste en des pratiques spirituelles ancestrales et constitutives
 de l’âme même du peuple iranien ». 
Alireza Roshan a été découvert par les éditions Eres alors même que 
son site personnel attirait quotidiennement et depuis deux ans, de nombreuses visites et commentaires.
Pour la première fois il est traduit en français et édité dans la collection Po&Psy, des éditions Eres. 
Ce premier recueil« jusqu’à toi combien de poèmes » est l’histoire en quelques poèmes
de la quête de l’amour, au sens de la mystique musulmane, de l’amant et de l’aimé. 
Une passion humaine intense, où l ‘Un se cherche dans l’absence de l’autre et où 
« l’aimé, l’amant et l’amour ne formeront plus qu’une seule réalité », c’est l’union mystique.
Ces courts poèmes d'éveil font vibrer le sens. Les mots sont simples. Les images aussi.
Si je m'étonne, si je souris à certaines évocations, il y a là quelque chose d'immédiat,
proche d'une réalité  première. Le moi s'éloigne, la conscience affleure et se reflète
en chacun d'eux. C'est toute l'ardeur de cet écrit. Un vrai voyage qui dépasse l'idée
même de littérature. Une présentation en feuillets libres, dé-paginés, au graphisme 
épuré. Des pages pleines de grâce dont la version bilingue renforce la présence.

"pleurer
ce n'est pas que verser des larmes
c'est faire des ricochets
parfois 
à la surface de la rivière

**

dans chaque instant il y a un poème
le poème de ton absence


**

toujours
lorsque je veux écrire un poème sur toi
un autre poème me vient à l'esprit
toi toujours
tu es le poème à venir"


Alireza Rôshan a été libéré le 2 octobre. Tous les derviches libérés attendent
leur procès indique les éditions Eres. Une pétition est toujours active, sur ce site.
& Autres notes de lecture sur le blog de Nûssoumelok

Brigitte Maillard


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lundi 26 décembre 2011

Regard, Anna-Lisa Unkuri

« Regard » 2011 – Technique mixte sur toile 162x130

J’aime cette toile  «  Regard »  de Anna-Lisa Unkuri qui pose directement la question de la présence au monde. 
Sans apporter aucune réponse. Visage interrogateur et méditatif d’une femme au regard ouvert, presque animal,
dont le vêtement semble être encore la demeure de l’enfance. L’être est le centre d’un espace vide habité de vibrations colorées. Au second plan, L’esquisse d’une tente, qui le dirait nomade, en exil peut-être. Son geste des bras, parle
de ce qui est « entre-deux », alors que le regard ne nous quitte pas. Est-ce le jour où la fête est terminée ?
Qui ne grandira pas ? 
Que devient notre monde ?
Il y a là, et c'est toute la force de cette toile, un murmure encore inaudible qui descend jusqu’à nous…

Cette oeuvre était présentée à la Galerie Guillaume du 22 septembre au 5 novembre dans le cadre d’une exposition 
«  Place aux jeunes » sur une proposition d'Alexandre Crochet avec les oeuvres des artistes
Tiantian Xu, Axelle Cannet, Cédric de Batz, Alexander Bagrat - Intéressant reflet
des tendances de la création actuelle -


Brigitte Maillard

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jeudi 22 décembre 2011

C'est Noël,


C’est Noël !
ivre de soleil et d’orage
je te donne
l’éclat de mes baisers
la ritournelle de l’amour
le bain du corps sur la luzerne
Je te donne
c’est Noël 
l’ange de la terre
et son petit mouchoir
un mirage puis deux
puis tout l’or du monde
ma saveur mes rêves mon oubli
c’est Noël
je me rends au vert aimance
je te donne le vent de mer
sur le sable de l’enfance
les vagues pluie sous le mistral
c’est Noël
je te donne le silence
le silence de la nuit qui s’efface

Brigitte Maillard
tous droits réservés  Sacem


 Amis de passage je vous souhaite 
à tous un très Joyeux Noël 


Si tu savais, Biréli Lagrène


mardi 20 décembre 2011

Gaby Ferréol, Voilà c'est fini

 

Dans le bleuissement de l’horizon
la vie en partance
 
Nul cri ou murmure
Aller simple du souffle
 
J’ai allumé une bougie
Sans prière ou mélopée
 
Oscillant entre la fulgurance de l’absence
et la douleur de la déchirure.
 
 
Sous l’aile fleurie des souvenirs,
il me reste de toi le vide
à cueillir en gerbes souriantes.
 
 
 
(à la mémoire de ma mère, 5/11/1921 - 3/01/2011)

Gaby Ferréol - Tous droits réservés

Retrouvez Gaby Ferréol sur son site


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Graeme Allwright, Nouvelle Marseillaise

 " Pour tous les enfants de la terre chantons amour et liberté....pour vaincre la misère et la peur....
la femme qui nous éclaire.... traverse les frontières...partons partons amis solidaires....
marchons vers la lumière"
Graeme Allwright

Ah le poète!" Dans quel chaos et désert serions-nous s'il n' y avait pas eu les poètes pour
"inscrire dans le langage" les rapports de l'homme et du monde" Eugène Michel,
Un discours de Guillevic, juillet 2001



dimanche 18 décembre 2011

René Daumal, Mémorables, Basarab Nicolescu



Basarab Nicolescu lors de notre émission sur Radio Aligre en août 2010


nous fait découvrir, à l'antenne, ce texte, Mémorables 
de René Daumal.
Vous pouvez écouter en podcast  Ici 
cet interview avec Basarab Nicolescu,
Physicien théoricien spécialiste des particules élémentaires.
À signaler aussi sous la direction de Basarab Nicolescu et Jean-Philippe de Tonnac, 


René Daumal ou le perpétuel incandescent, éditions bois d'orion 2008



MEMORABLES

Souviens-toi : de ta mère et de ton père, et de ton premier mensonge, dont l’indiscrète odeur rampe dans ta mémoire.
Souviens-toi de ta première insulte à ceux qui te firent : la graine de l’orgueil était semée, la cassure luisait, rompant la nuit une.

Souviens-toi des soirs de terreurs où la pensée du néant te griffait au ventre, et revenait toujours te le ronger, comme un vautour ; et souviens-toi des matins de soleil dans la chambre.
Souviens-toi de la nuit de la délivrance, où ton corps, dénoué, tombant comme une voile, tu respiras un peu de l’air incorruptible ; et souviens-toi des animaux gluants qui t’ont repris.

Souviens-toi des magies, des poisons et des rêves tenaces, -tu voulais voir, tu bouchais tes deux yeux pour voir, sans savoir ouvrir l’autre.
Souviens-toi de tes complices et de vos tromperies, et de ce grand défi de sortir de la cage.

Souviens-toi du jour où tu crevas la toile et fut pris vivant, fixé sur place dans le vacarme de vacarmes des roues de roues tournant sans tourner, toi dedans, happé toujours par le même moment immobile, répété, répété, et le temps ne faisait qu’un tour, tout tournant en trois sens innombrables, le temps se bouclait à rebours, -et les yeux de chair ne voyaient qu’un rêve, il n’existait que le silence dévorant, les mots étaient des peaux séchées, et le bruit, le oui, le bruit, le non, le hurlement visible et noir de la machine impossible te niait, le cri silencieux, « je suis » que l’os entend, dont la pierre meurt, dont croit mourir ce qui ne fut jamais – et tu renaissais à chaque instant que pour être nié par le grand cercle sans bornes, tout pur, tout centre, pur sauf toi.
 Et souviens-toi des jours qui suivirent, quand tu marchais comme un cadavre ensorcelé, avec la certitude d’être mangé par l’infini, d’être annulé par le seul existant Absurde.
Et surtout souviens-toi des jours honteux où tu voulus tout jeter, n’importe comment, -mais un gardien veillait quand tu rêvais,
il te fit toucher ta chair, il te fit souvenir des tiens, il te fit ramasser tes loques – souviens-toi de ton gardien.

Souviens-toi du beau mirage des concepts, et des mots émouvants, - palais de miroirs, bâti dans une cave ; et souviens-toi de l’homme qui vint, qui cassa tout, qui te prît de sa rude main, te tira de tes rêves, et te fit asseoir dans les épines du plein jour ; 
et souviens-toi que tu ne sais te souvenir.

Souviens-toi que tout se paie, souviens-toi de ton bonheur, mais quand fut écrasé ton cœur, il était trop tard pour payer d’avance.
Souviens-toi de l’ami qui tendait sa raison pour recueillir tes larmes, jaillies de la source gelée que violait le soleil du printemps.
Souviens-toi que l’amour triompha quand elle et toi vous sûtes vous soumettre à son feu jaloux, priant de pourrir dans la même flamme.
Mais souviens-toi qu’amour n’est de personne, qu’en ton cœur de chair n’est personne, que le soleil n’est à personne, rougis en regardant le bourbier de ton cœur.

Souviens-toi des matins où la grâce était comme un bâton brandi qui te menait, soumis, par tes journées, - heureux le bétail sous le joug !Et souviens-toi que ta pauvre mémoire entre ses doigts gourds laissa filer le poisson d’or.

 Souviens-toi de ceux qui te disent : souviens-toi, souviens-toi du plaisir douteux de la chute.

Souviens-toi, pauvre mémoire mienne, des deux faces de la médaille, - et de son métal unique.


René Daumal

Plateau d’Assy février 1942

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samedi 17 décembre 2011

Les souffleurs, commandos poétiques



Capture d'écran - site Les Souffleurs Commandos Poétiques


C'est superbe ce qu'ils font!
Là c'est une incitation à la tendresse collective.
Les Souffleurs commandos poétiques seront
à Lorient dans le Morbihan au centre ville

les mardi 20 et 21 décembre de 15h à 17h

Partant du principe que l’humanité se
reproduit de bouche à oreille, les
Souffleurs chuchotent à l’aide de
cannes creuses (les Rossignols)
des secrets poétiques. 



Programme annuel à suivre sur le site, en lui même déjà un très beau voyage!
LES SOUFFLEURS COMMANDOS POÉTIQUES


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Luc Noël, Au frémir d'un jour

Luc Noël - tous droits réservés- Cliquez sur la photo pour l'agrandir
Au frémir d'un jour

Mon front appuyé sur
la vitre froide de la fenêtre,
je regarde.

Mes yeux vont et viennent, s'éperdurent;
accrochant tantôt le furtif
envol d'un oiseau en noir
contre-jour dans son mouvement.
Son cri parvient à mes oreilles.
Mon front est froid,
la condensation le perle,
pseudo sueur de quelque
grave malaise.
Tantôt, un nuage qui se forme
de lumière en l'aube;
ou encore, ... un caillou immobile
sur le chemin.
J'admire un long moment
la patience du caillou.

Mais mes yeux ne voient pas
tout cela.
C'est ton visage que je vois
dans le reflet de l'humidité de ce matin.
Ce matin, aussi longtemps que
je m'en souvienne prélude au jour
d'un lendemain.
Il n'y a pas de forme,
simplement une trace diffuse.
Trace de couleurs falotes et
incertaines. Ton sourire tremble.
C'est la lumière de ce matin
qui se lève.
Ma lumière.

Luc Noël, Décembre 2011
GALERIE

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