dimanche 24 juin 2012

Edgar Morin, Démocratiser la poésie

"(...) D'où l'importance capitale de la culture esthétique qui nourrit ce qui est pour moi la poésie de la vie. La prose, c'est-à-dire l'inévitable et l'obligatoire, sans joie, est ce qui peut nous faire survivre et nous empêche de vivre vraiment. Vivre vraiment, c'est vivre poétiquement c'est-à-dire dans l'épanouissement de soi, la communauté, l'amour, la participation à autrui et au monde.
Le monde est merveilleux et horrible. L'esthétique nous aide à nous émerveiller et nous permet de regarder l'horreur. Ainsi le second mouvement du Quintette de Schubert exprime la pire douleur de l'âme, et pourtant il nous donne le bonheur de sa musique qui traduit cette douleur sans l'anesthésier.
L'esthétique des oeuvres nous permet de développer une esthétique de vie quotidienne. "La nature imite ce que l'oeuvre d'art lui propose", a-t-on dit. Elle nous favorise l'émerveillement devant la mer, la montagne, les grands arbres, un papillon qui volette, un enfant qui gambade, un chien fou d'amour qui bondit vers son maître, un beau visage...
Voila donc tout ce qui devrait animer une politique de la culture : une politique de l'esthétique qui contribuerait à démocratiser la poésie de vivre, à ce que chacun puisse vivre de belles émotions et découvre ses propres vérités."

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