dimanche 16 septembre 2012

Rainer Maria Rilke, Fabrice Midal




"Se mettre à l'écoute de Rilke, c'est entrer dans l'écho de la poésie comme nous ne savons plus l'entendre; la poésie n'y est plus alors un métier d'écrivain, une entreprise culturelle et esthétique. Elle est une mise en résonance rendant sensible l'intensité propre à chaque chose.
Le poète est d'abord celui qui se met à l'écoute de la parole hors des usages habituels qui n'ont aucun égard pour elle, afin de l'élargir aux dimensions de l'invisible, l'affranchissant des contingences de l'espace ou du temps où nous faisons des choses et des êtres autant d'instruments au service de nos brusques et passagères velléités ou de nos petits calculs bien ordonnés (...) Dans l'urgence du temps reconnu en ce qu'il fait époque, il révèle une possibilité de vivre dans l'immensité retrouvée. La poésie n'est donc pas une manière de nous divertir, de nous détendre, de nous aider à penser notre temps, mais le vrai, le plus intense, le plus réel.
Elle ne nous réconforte de rien. (...)
Rilke le dit sans ambages dans Le Testament: " Qu'est ce qui me serait le plus inutile à la fin qu'une vie consolée". (...) A avoir cherché à nous protéger de tout nous ne savons plus grand chose de l'existence. Le poète lui demeure dans la gravité, et l'œuvre qu'il sert est tension et non ultime certitude. Notre "peur de l'inexprimable n'a pas seulement appauvri l'existence de l'individu, mais encore les rapports d'homme à homme, elle les a soustrait au fleuve des possibilités infinies, pour les abriter en quelque lieu sur de la rive (extrait de Lettres à un jeune poète) " "

Rainer Maria Rilke, L'amour inexaucé Textes choisis et présentés par Fabrice Midal
Editions Points, page 10 et 11

..............................................................


SONNET XXIX

Ami silencieux des nombreux lointains,
sens ton souffle encore accroître l'espace.
Dans la charpente obscure des clochers
fais-toi retentir. Ce qui vit de toi,

cette nourriture en fait une force.

La métamorphose, entre en elle et sors.
Quelle est ta plus douloureuse expérience ?
Boire est-il amer pour toi, fais-toi vin.

Dans cette nuit de démesure, sois

magique puissance où tes sens se croisent,
de leur rencontre étrange sois le sens.

Et si tu es oublié du terrestre,

à la terre immobile dis : Je coule.
A l'eau dans sa hâte parle : Je suis.



Rainer Maria Rilke, Elégies de Duino Sonnets à Orphée
Poésie / Gallimard  page 247


Rainer Maria Rilke sur le site Esprits Nomades

 Rainer Maria Rilke, Fabrice Midal 




2 commentaires:

  1. Rilke ...toujours en bandoulière
    Un plaisir sans cesse renouvelé
    Bonsoir Brigitte toujours fidèle

    RépondreSupprimer
  2. Bonsoir Arlette, merci de votre passage
    et je viens vous voir sur " Au gré des jours"!

    RépondreSupprimer