lundi 19 novembre 2012

La voix des poèmes, Corps de mots, Christian Olivier


 Corps de mots

On est un corps
avec des mots
dire le texte
c'est dire la mort
qui nous unit
les mots c'est pas nous
c'est des secousses
que l'on pousse
flamme de nos vies
les cordes vocables
vibration
résonance
miroir d'un écho
alors manger
et recracher
et rejaillir
il n'y a pas de poésie
pour la poésie
il y a le sang
il y a le vent
il y a la terre
il y a la mer
dire dire toujours
le temps qui s'écartèle
noyé dans les espaces
et les secondes qui nous fracassent
l'être est humain
dire demain
on est un corps dans le mot
on est des mots de corps
et je ricoche à l'infini
les corps de mots
les corps de cris
à travers les lumières
et les ombres mouvantes
j'aperçois un extrait
une esquisse un reflet
arrivé à l'autre bout
rien et tout
courroie de transmission
quel est ton nom
je suis un corps de mots
une mélodie de chair
qui éclate dans les airs
dire encore
c'est elle qui m'a pris
les mots qui nous transpercent
et les rires aux éclats
à coups de décibels
qui déchirent la nuit
et quand tout finira
j\'en recommencera
t'as qu'à voir nos trombines
quand tu nous fais la rime
on ne peut que t'offrir
le dessous d'un sourire
quand j'ai mal à Rimbaud
je repense à Michaux
on est des bouts de terre
on nait dans le ruisseau
j'ai le ventre tout gros
alors chante
s'écrie l'oiseau
j'ai tout mis par terre
la ferraille et le verre
enfin je suis nu
comme un vers
alors le silence
alors l'inspiration
un temps
alors le ventre
alors la pression
un temps
alors le souffle
alors la colonne
deux temps
alors la langue
alors la bouche
un demi-temps
alors tu meurs
alors tu vis
plus le temps
alors
les petits bouts de mots
les étoiles de bruit
chuchote moi toi aussi
ce bout de mélodie
on ramasse les miettes
pour remplir nos assiettes
je te bois
et ma gorge sèche
se remplit de toi
les corps de mots
c'est des corbeaux
perméable toi
au plus profond de toi
alors juste un baiser
un regard déplacé
ça fait des milliards d'années
des fois que j'en aurais rêvé
je rebondis à l'infini
les corps de mots
les corps de vie
une rafale de mots
m'a laissé sur le carreau
on est un corps avec des mots
on est des corps de mots


Christian Olivier
Editions Printemps des poètes 2013


Dans le cadre du Printemps des Poètes 2013 sur le thème de
 la Voix des poèmes,








ce poème inédit de Christian Olivier
musicien fondateur du groupe musical Têtes Raides 
Prochain concert au Théâtre des Bouffes du Nord  
6,7,8 & 13, 14, 15 décembre

Un nouveau spectacle CORPS DE MOTS créé autour de la passion du groupe pour                la poésie


et sur le site France Info, Les têtes raides rendent hommage à la poésie, le 10 décembre 2012

Retrouvez sur le site du PRINTEMPS DES POETES, rubrique Passeurs de Poèmes de nombreux inédits - sur le thème de La Voix des poèmes 2013 à télécharger et diffuser largement

Rappelons aussi les difficultés traversées par le Printemps des Poètes en ce moment, sur ce lien infos & liens 



Corps de mots, Christian Olivier,Tête Raides et le Printemps des Poètes

8 commentaires:

  1. J' ai du mal à rassembler mes émotions et retrouver ma respiration! hou quel rythme!

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    1. c'est ce que j'aime là ce grand souffle du corps si bien traduit
      par un musicien poète!

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  2. C'est saisissant, avec les mots dans le corps des mots, tout est dit et me vient à l'esprit la chanson de Dalida pour parler des mots:
    "Moi, les mots tendres enrobés de douceur
    se posent sur ma bouche mais jamais sur mon cœur
    Une parole encore.
    Parole, parole, parole
    Ecoute-moi.
    Parole, parole, parole
    Je t'en prie.
    Parole, parole, parole
    Je te jure.
    Parole, parole, parole, parole, parole
    encore des paroles que tu sèmes au vent
    Voilà mon destin te parler....
    te parler comme la première fois.
    Encore des mots toujours des mots
    les mêmes mots

    Comme j'aimerais que tu me comprennes.
    Rien que des mots
    Que tu m'écoutes au moins une fois.
    Des mots magiques des mots tactiques
    qui sonnent faux
    Tu es mon rêve défendu.
    Oui, tellement faux
    Mon seul tourment et mon unique espérance.
    Rien ne t'arrête quand tu commences
    Si tu savais comme j'ai envie
    d'un peu de silence
    Parole, parole, parole, parole, parole
    encore des paroles que tu sèmes au vent."

    C'est vraiment merveilleux avec toi Brigitte, je n'ai pas de mots...


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  3. Bizak ce qui est merveilleux c'est la parole:)
    d'ailleurs cela ne m'étonne pas que ce texte
    te fasse rebondir sur une chanson..de paroles...
    avec une interprète comme Dalida

    quand on lit à haute voix, corps de mots, on sent mieux encore
    le mouvement qu'il donne; as-tu essayé?

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  4. Oui Brigitte j'ai bien lu à haute voix ce poème qui m'en a "dit" beaucoup!
    Aux strophes:
    "alors la bouche
    un demi-temps
    alors tu meurs
    alors tu vis"
    J'ai été comme frappé en me rappelant l'assassinat par les islamistes intégristes algériens, d'un de nos grands poètes et écrivains Tahar Djaout qui a écrit à la veille de sa mort:
    « Le silence, c'est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors dis et meurs ! »
    Ah! par le pouvoir des mots, vive la liberté et gloire aux poètes!Merci Brigitte pour tous ces mots et de ton sens de la vie!

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  5. ...magnifique Bizak, je te remercie

    découvrir maintenant Tahar Djaout...

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  6. Isabelle 30 novembre 2012
    Merci à Christian Olivier pour ce poème Emouvant, Magnifique et si Vrai...

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