mercredi 28 mars 2012

Tchouang -Tseu, Taoïsme

"Quand arrivait le temps de la crue d'automne, cent rivières déversaient leurs eaux
dans le fleuve Jaune dont le courant s'était tellement élargi que, d'une rive à l'autre
on ne pouvait distinguer un boeuf d'un cheval.
Le seigneur du fleuve fut gonflé de joie, estimant que toutes les beautés du monde
étaient réunies en lui. Il suivit alors le courant, descendit vers l'est et arriva à la mer
du Nord. Il contempla les eaux qui s'étendaient sans bornes vers l'orient."
Tchouang-Tseu extrait des Oeuvres complètes Gallimard / Unesco 1985

Le taoisme de Tchouang Tseu

dimanche 25 mars 2012

Le Livre des Jours, Marie Gerlaud



Le livre des Jours, ce récit de Marie Gerlaud, pose la question :
 " Si demain tu devais partir, quitter ta maison, fuir, Qu’est-ce que tu emporterais ? "



« Par la fenêtre grande ouverte des paupières : Helena s’est blottie contre la roue de la charrette. Le corps cherche un peu de repos dans le souvenir du marché. Chez elle, il s’installait chaque jeudi matin…chez elle : une petite ville, à peine plus gros qu’un bourg où la paix semblait naturelle, il y a si peu de temps encore. C’était avant que l’alpha, empreinte du pied tourné vers l’inconnu, soit écrit en première ligne sur la première page du Livre des Jours » extrait page 63

La traversée s’annonce. Profonde et rythmée. Au fil des jours, nous suivons Helena, seule face au grillage du désespoir, sur la route de l’exil.  Une route qui ne peut pas " perdre le fil du temps ", qui ne sait pas où elle va, et sur laquelle "  il est arrivé ce qui jamais ne devrait arriver ". Savons-nous alors que nous allons descendre dans les entrailles de l’exil pour " empoigner le cœur du squelette aux os de chair " mais que nous allons renaître, " main ouverte " sur le monde ? C’est à ce grand voyage que nous convie Marie Gerlaud, celui que font des milliers d’êtres humains  qui vivent la sortie de leur terre. L’exil. Guidés par la langue de l’auteure, nous avançons pas à pas. Jour après jour le livre se créée en nous. C’est un livre d’expérience. Et si la traversée ne se fait pas en douceur tant les ombres doivent être vécues, l’écriture ne nous lâche pas. Pas plus que la Vie d’ailleurs, celle que célèbre vivement l’auteure. Et puis "  un jour c’est fini…(…) Ouvrir la fenêtre. La mer arrive à Helena, avec son odeur, ses grondements. La marée monte, descend, monte de nouveau puis redescend…Mouvement perpétuel. Et cela depuis le commencement. Bien avant le premier jour. Bien avant le premier-premier jour d’Helena, quelque chose existait déjà. "  extrait page 99.



Le livre des Jours est accompagné de dessins créés par l’artiste plasticien, Patrice Lebreton directement alors inspiré par la guerre de Yougoslavie. Marie Gerlaud a choisi de les mettre en relation avec son récit. Un choix important, une réussite, car comme le précise l’auteure, il réinscrit le personnage solitaire dans la dimension collective de l’exil.

Le livre des jours, Marie Gerlaud, 

éditons Books on Demand
sur Amazon


Retrouvez Marie Gerlaud sur son blog

« Après avoir commencé des études de médecine, Marie Gerlaud a suivi une formation d'acteur au Théâtre École de Lyon. Pendant une vingtaine d'années, elle a codirigé la Cie de théâtre Athanor. Aujourd'hui, installée en Bretagne depuis une quinzaine d'années, elle consacre une grande part de son travail à l'écriture. »

A noter qu’un spectacle interprété par Mounia Raoui a été créé par Joël Jouanneau à partir d’un autre récit de Marie Gerlaud, L’Entreciel paru chez L'Harmattan . Il sera repris au  TGP Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis, en région parisienne, en mars 2013. http://www.theatregerardphilipe.com/tgp-cdn/spectacles/l-entreciel



Brigitte Maillard


vendredi 23 mars 2012

Poètes de rue en Haïti, Etonnants Voyageurs, Christian Tortel



Un reportage comme une fenêtre inattendue ouverte sur la poésie.
C'est passionnant. Découvrir Haïti à travers ses créateurs: Le Festival Etonnants voyageurs y était accueilli du 1er au 4 février 2012.
A cette occasion, Christian Tortel réalisateur, est allé à la rencontre des poètes de rue en Haïti.


Retrouvez aussi tous les débats du Festival EtonnantsVoyageurs en Haïti 2012 sur le site Etonnants Voyageurs

Festival Etonnants Voyageurs- Festival International du Livre et du film- à Saint Malo du 26 au 28 mai 2012

mercredi 7 mars 2012

L'atelier de la création, France culture, Les souffleurs commandos poétiques



Un jour je serai oiseau
et de mon néant,
Je puiserai mon existence.
Chaque fois que mes ailes se consument,
Je me rapproche de la vérité
et je renais des cendres.
Je suis le dialogue des rêveurs.

Mahmoud Darwich, extrait du poème Murale- Actes Sud, 2003, traduit de l’arabe par Elias Sanbar –
extrait cité dans sa version bilingue par un habitant d’Aubervilliers dans L’émission L’ATELIER DE LA CREATION par Irène Omélianenko ( le premier jeudi de chaque mois) – sur France Culture
Lien vers le site de l’émission- & Podcast du Mardi 6 mars 2012:
" L'insolente posture de la tendresse "

Entendre les chuchotements des souffleurs, se faire préciser ce qu’est un "commando poétique ", imaginer le déroulement d’un conseil municipal extraordinaire vécu en 10/2011 dans la  salle du conseil à Aubervilliers, sentir et vivre presque en direct l’irruption du poétique dans le politique, percevoir  résistances et illusions, donner à «  et si… »  toute la place de l’utopie, se questionner : Est-ce une performance artistique ou une autre façon de faire de la politique ? Ressentir enfin ce glissement d’un monde à l’autre"On n'arrête pas le mondemais on peut le faire glisser dans un moment poétique "(Olivier Comte, Conception Artistique)
L’aventure est passionnante et sa retranscription radiophonique, vraiment indispensable. Je n’avais  pu être présente à cet évènement et je me demandais ce qu’il avait pu en être. Là, j’ai pu saisir les différents enjeux. L’ordre du jour Shakespearien imaginé par les Souffleurs « Ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas commencé par le rêve », la collecte des rêves qui  a précédé cet évènement extraordinaire, toujours imaginé par les Souffleurs commandos poétiques - animé ici par Stéphane Hessel et en présence de certains élus et des habitants de la ville - donnent à cet instant une beauté particulière et bien étrange. Il y a là, un va et vient entre le politique et le poétique auquel nous ne sommes pas du tout habitués.
Un rêve collectif est-il toujours possible, un programme politique peut-il être poétique ? Les questions ainsi se soulèvent, prennent ce corps qui nous émeut, nous aide à percevoir ce "ferment magnifique" qu'est la poésie dont Elias Sanbar dans son échange ( avec Stéphane Hessel autour de leur dernier livre Le rescapé et l'exilé - Seuil), affirme "qu'elle est une forme supérieure du politique".
..............
" Allons chercher dans le regard poétique des gestes , des mots qui permettent aux êtres humains de rester des êtres humains " Olivier Comte,  extrait de cette émission

Pour découvrir LES SOUFFLEURS COMMANDOS POETIQUES
le blog LA FOLLE TENTATIVE D'AUBERVILLIERS

bm

L'atelier de la création, France culture, Les souffleurs commandos poétiques

vendredi 2 mars 2012

Petit Cheval, Maram Al-Masri, Le Printemps des Poètes

Sur une étagère poussiéreuse
Avec plein d'autres objets abandonnés
Un petit cheval me regarde
Comme s'il me demandait de le prendre dans mes bras
Mais que faire de lui ?
J ai haussé mes épaules
Et je suis partie en galopant

2
Le temps passe sur
l’étagère de la boutique du monde
et les poussières aussi
Un hennissement sort du capharnaüm
Le cheval que j ai vu jadis
est toujours là ;
Il m'attend, me suis-je dit
Comment le décevoir
Il est cher pour ma bourse et je n’ai pas de place
Mais cette fois en partant
nous avons galopé ensemble

3
Bras dessus bras dessous
J'ai amené un cheval dans mon royaume
Je l'ai bien astiqué pour lui ôter sa solitude
Et ses peurs
Sur sa patte gauche une blessure
Et dans le cœur un trou
J'ai remarqué combien le temps l'avait mal traité
J'ai bien soigné ses bobos
Qui t'a fait ça ?
Il a baissé les yeux et a commencé
à se balancer
Chez moi tu seras roi, lui ai-je promis
et près du lit je l'ai fait dormir
je ne voulais pas lui donner de mauvaises habitudes
comme on fait avec les hommes, les chiens et les chats
j'étais obligée

4
Ce matin, mon cheval me demande de sortir
il me dit que ma chambre
est tout petite pour galoper
il a besoin des champs
des montagnes
des arbres
de l'odeur de la liberté
...
Ô petit cheval de bois
fais comme moi
rêve!

5
arrête de me regarder
avec tes yeux doux !
dois-je croire que tu me vois ?

arrête de me parler
je ne comprends pas la langue des chevaux

arrête de me donner des coup de pieds
tu veux peut-être
que je t’embrasse ?


Ô ! petit cheval de bois
penses-tu que mon baiser
te transformera
en prince ?

cheval de bois?
ton visage pourtant
me sourit .


Maram Al Masri

Ce poème
Inédit et commandé par le Printemps des poètes dans le cadre " Enfances 2012"
est une très belle entrée dans la poésie de Maram Al-Masri.Une des grandes voix féminines du moyen orient.
Suit cet intéressant portrait/rencontre réalisé par la voix de Studio M présenté par Mariejosé Alie, septembre 2011.
Maram Al-Masri, poète passionnée pour qui la poésie
est une "histoire d'amour" qui "découvre un visage de soi qu'il faut assumer"


Prochain recueil
La robe froissée aux éditions Bruno Doucey
Le 8 mars à 20hSoirée de lancement du recueil de Maram al-masri, La robe froissée en présence de l'auteure, du poète Jack Küpfer et de Bruno Doucey à la Librairie Le Comptoir des mots, 239, rue des Pyrénées 75020 - Paris (M°Gambetta) Plus d'infos : www.librest.com

bm

jeudi 1 mars 2012

Nouvelle enfance, P'tit Louis, Brigitte Maillard

vers une nouvelle enfance

 

Le poète naît de l’Enfance, Brigitte Maillard

Il y a de la poésie dans l'enfance comme il y a de l'enfance dans le poète.
Ce n'est pas tout à fait la même. L'une est de nature (l'enfant baigne dans la poésie, la poésie le contient), l'autre est "ce territoire" que le poète a investi en le réanimant à partir de sa propre enfance; sensations vécues et silencieuses d'unité d'un monde avec lequel, enfant, nous étions en contact dans une disponibilité totale.

 Ce territoire est ma nouvelle enfance. J’aime l’appeler ainsi. Celle que je ne cherche plus dans le passé, celle que je vis en poète guidée par le langage, « Au delà de l'enfance et à partir de l'adulte… une seconde enfance ».

Ainsi la nomme à la fois Jean Carteret dans Lorsque l'homme sera né, 1984 éditions l'Originel et François Cheng dans ce poème inédit 2011, commandé par le Printemps des Poètes, nommé "La seconde enfance"que vous pouvez découvrir sur le site du Printemps des poètes en cliquant sur ce lien.

J’ai tenté à mon tour de saisir les contours d’une nouvelle enfance, qui prend ici la forme d’une chanson



P’TIT LOUIS    



Il avait une histoire
Plus lourde que son cœur
Plus froide que l’aurore
Il était le vilain
Il était le malin
Il avait le diable au corps
Il n’était pas bien grand
Quand sa mère l’a laissé
Dans les courants d’air
Il n’était pas plus grand
Quand son père l’a poussé
Contre le mur de pierre

À l’école il alla
Parce qu’il le fallait bien
Mais il n’y comprit rien
Alors à 17 ans 
Il partit faire la guerre
Dans un pays lointain
À force de combats
Y revint la rage au ventre
Et s’ perdit dans la nuit
Il était presque mort
Pour tous ses amis quand
Un jour il entendit

Tu es celui que je cherchais
Viens dans mon cœur
Toucher tes rêves
Passé l’hiver de ta colère
Tu liras tes pas sur la neige

Il sortit de sa boîte
Plus vite que le diable
Comme un bon petit dieu
Il regarda le ciel
Il regarda la terre
Il se vit entre deux
Il sentit dans son corps
La vie lui revenir
A l’ivresse de vivre
Il se mit à chanter
A tourner à danser
Comme un bateau ivre

Tu es celui que je cherchais
Viens dans mon coeur toucher tes rêves
Passé l’hiver de ta colère
tu liras tes pas sur la neige

Il avait une histoire
Plus belle que l’aurore
Plus chaude que la vie
Il était simplement
Rien de moins rien de plus
Il était toute sa vie
Il était bien plus grand
Qu'il ne l’imaginait
Dans les courants d’air
Il était bien plus libre
Qu'il ne le rêvait
Contre le mur de pierre

Tu es celui que je cherchais
Viens dans mon coeur toucher tes rêves
Passé l’hiver de ta colère
Tu liras tes pas sur la neige

Brigitte Maillard Sacem, Mars 2004





"Des pas sur la neige… Mais où est l'absent qui laissa la trace de ces pas ? Il n'y a rien à conclure, et rien à attendre." Vladimir Jankélévitch

Nouvelle enfance, P'tit Louis, Brigitte Maillard