jeudi 31 janvier 2013

Bernard Moitessier, La Longue route, écrivain voyageur



"Car le rêve est allé jusqu’au bout du rêve...ensuite il a dépassé le rêve"


"Et quand je monte sur le pont à l’aube, il m’arrive de hurler ma joie de vivre en regardant le ciel blanchir sur les longues traînées d’écume de cette mer colossale de force et de beauté, qui parfois cherche à tuer. Je vis, de tout mon être. Ce qui s’appelle vivre et peut-être faut-il aller plus loin encore en regardant la mer. On peut la regarder pendant des heures et des jours et des semaines et des mois. Et des années peut-être.
Et on peut voyager très vite et très loin avec elle et dans elle. Il suffit pour cela de poser le regard sur une vague. Une vague pas trop petite et pas trop grosse, juste la taille qu’il faut. Alors elle nous emmène à sa plage et on revient sur le bateau quand
on en a envie. On peut choisir en disant à la vague d’aller sur du sable blanc ou sur du sable noir. Ou bien sur du corail de la couleur qu’on veut, ou sur des rochers lisses avec des algues vertes, comme on veut. Tout ce qu’on veut. On peut rester sur le dessus ou le dedans de la vague et même complètement à l’intérieur d’elle et faire
avec elle alors dix fois le tour du monde rien qu’à regarder les nuages et le soleil et la lune et les étoiles par dessus les nuages, avec la vague et dans la vague, sans rien faire d’autre que regarder et sentir, Mais on peut aussi prendre un rayon de lune à l’instant où il ricoche dans la mer et se faire déposer par lui sur la terre et courir la campagne
et respirer les arbres et les choses de la terre et revenir à bord pour regarder la mer, juste la regarder et penser avec elle en respirant encore l’odeur de la terre et des choses du ciel. Et tout cela est facile, il suffit de regarder la mer, de bien choisir la vague, juste de la taille qu’il faut et de prendre le temps de voir dans la mer."

Bernard Moitessier, extrait de La longue route (1971), collection J'ai lu

C’est la première course en solitaire et sans escale. À l’été 68, neuf navigateurs s'élancent autour du monde sur des petits voiliers équipés d'un simple sextant et d'un poste radio que Bernard Moitessier refusera. Jamais un tel défi n'avait été relevé. Une course folle qui restera la plus grande aventure maritime de tous les temps.Six mois ont passé quand Moitessier passe le cap Horn.
Le 18 mars, alors qu'il vient de boucler le tour du globe, Il annonce sa décision d'abandonner la course pour " sauver son âme " et poursuivre sa " longue route ". 
Plus rien ne sera plus jamais comme avant.
Moitessier change de cap, il sera différent pour toujours.






Brigitte Maillard

Bernard Moitessier, La Longue route

4 commentaires:

  1. Très belle et profonde quête de soi, chère Brigitte, à travers la nature! Récit si émouvant et allant vers l'essentiel, bien loin des artifices et de l'épiphénouménal!

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  2. Ce parcours initiatique est aussi riche que l' Odyssée d' Homère,le voilà devenu homme, il peut s' en retourner parmi les siens!

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  3. chers amis Orfeenix et Mokhtar, merci de partager si fidèlement tous ces élans de vie! Profonde est la quête!

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