dimanche 16 juin 2013

Pablo Neruda, Vaguedivague





Vient de paraitre dans la collection poésie/Gallimard Vaguedivague. Pablo Neruda publie Estravagario, présenté en français sous le titre Vaguedivague, en 1958. C’est pour lui une œuvre essentielle.Un témoignage. Il y rassemble des souvenirs, réels ou imaginaires, qu’il explore, questionnant inlassablement la vie pour qu’elle se révèle à elle-même. Il suit les transformations qu’elle impose et confirme sa foi dans la poésie, comme une réponse à la quête solitaire qui revient toujours à la matière, à l’union des éléments, au mouvement et espère le chant du silence.


"Qu’on me laisse tranquille à présent
Qu'on s'habitue sans moi à présent

Je vais fermer les yeux 

Et je ne veux que cinq choses,
cinq racines préférées 

L'une est l'amour sans fin. 

La seconde est de voir l'automne
Je ne peux être sans que les feuilles
volent et reviennent à la terre 

La troisième est le grave hiver
La pluie que j'ai aimé, la caresse
Du feu dans le froid sylvestre 

Quatrièmement l’été
rond comme une pastèque
La cinquième chose ce sont tes yeux
ma Mathilde bien aimée
je ne veux pas dormir sans tes yeux
je ne veux pas être sans que tu me regardes :
je change le printemps
afin que tu continues à me regarder (...)
.
Mais parce que je demande le silence
ne croyez pas que je vais mourir :
c’est tout le contraire qui m’arrive
il advient que je vais me vivre (...)

Je demande le silence, page 9


« (…)  immobile, avec une vie secrète
telle une ville souterraine
afin que glissent les jours
comme des gouttes insaisissables :
rien ne s’use ni ne meurt
jusqu’à notre résurrection,
jusqu’à revenir avec les pas
du printemps enterré,
de ce qui gisait perdu,
interminablement immobile,
et qui à présent s’élève du néant
pour être une branche fleurie »

Saison immobile, page 80

" (...) Si nous n'avons pu être unanimes
en engageant toutes nos vies
peut-être ne rien faire pour une fois
peut-être un grand silence pourra-t-il
briser cette tristesse,
ce ne jamais se comprendre
et nous menacer de mort, 
peut-être que la terre nous apprendra
combien tout semblait mort
et que tout ensuite était vivant (...) "

Se taire , page 17


Par la fenêtre, j'ai vu les chevaux.

Ce fut à Berlin, en hiver. La lumière
était sans lumière, sans ciel le ciel.

L'air blanc comme un pain mouillé.

Et de ma fenêtre un cirque solitaire
Mordu par les dents de l'hiver.

Soudain conduits par un homme,
dix chevaux surgirent dans la brume.
Ils frémirent à peine en sortant, comme le feu,
mais pour mes yeux ils ont occupé le monde
vide jusqu'à cette heure. Parfaits, enflammés,
ils étaient comme dix dieux aux longues pattes pures,
aux crins semblables au rêve du sel.

Leurs croupes étaient des mondes et des oranges.

Leur couleur était miel, ambre, incendie

Leurs cous étaient des tours
taillées dans la pierre de l'orgueil,
et à leurs yeux furieux, l'énergie
se penchait telle une prisonnière.

Et là, en silence, au milieu
du jour, de l'hiver sale et désordonné,
les chevaux impétueux étaient le sang,
le rythme, l'incitant trésor de la vie.

J'ai regardé, j'ai regardé, et alors j'ai revécu: sans le savoir
Là se trouvait la source, la danse d'or, le ciel,
le feu qui vivait dans la beauté.

J'ai oublié l'hiver de ce Berlin obscur.

Je n'oublierai jamais la lumière des chevaux.

Chevaux page 51

Pablo Neruda,Vaguedivague , traduction de Guy Suarès, Poésie/ Gallimard, mai 2013

Sur Wikipédia

Brigitte Maillard

Poésie Pablo Neruda, Vaguedivague

5 commentaires:

  1. Oh!!comme j'aime !je vais essayer de le trouver
    "Il advient que je vais me vivre " c'est très beau
    Merci Brigitte

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  2. je fus touchée aussi par cette phrase , si puissant , si juste
    merci grande nourrisseuse d'esprit
    c'est si nécessaire
    essentiel
    tranquillement vôtre

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  3. "Je ne me suis jamais senti si vibrant,
    je n'ai jamais eu tant de baisers

    A présent, comme toujours, il est tôt.
    La lumière vole avec ses abeilles.

    Laissez moi seul avec le jour.
    Je demande la permission de naître. "

    Pablo Neruda la toute fin du premier
    poème, "je te demande le silence"

    On est bien en poésie :) Arlettart et Frankie
    Merci à vous

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  4. Bonjour, je fais de l'espagnol et nous avons eu ce poème en espagnol, "Estravagario" de Pablo neruda, et je n'arrive pas à l'analyser, en 5-6 lignes seulement .

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