jeudi 25 juillet 2013

Le jardin et la poésie


Monde en poésie
Photo bm


Après ces quelques pas dans le jardin avec Jeandler et le sourire des roses
(Le jardin et la poésie du mois de juin) me voilà près de Jacques Roubaud
dans Quelque chose de noir, Poésie/ Gallimard 2001
Ce poème là m'enchante par sa présence.

 
Descends et dors    dans cet arbre, dans cet arbre.
Repousse la terre    dans cet arbre, dans cet arbre.
Ecope la terre    dans cet arbre, dans cet arbre.
Désinvente le noir   dans cet arbre, dans cet arbre.
Reconstruis des jambes    dans cet arbre, dans cet arbre.
Décline les poussières    dans cet arbre, dans cet arbre.
Coupe la lumière    dans cet arbre, dans cet arbre.
Emplis les orbites    dans cet arbre, dans cet arbre.
Ecris, écris toi vivante    dans cet arbre.

Un poème laisse le monde parler. Il y a souvent un tel excès d'écriture en poésie, comment le Monde pourrait-il  simplement s'y retrouver?
Alors « Ecrire vers l’intérieur... » nous dit Roberto Juarroz, poète argentin 
Roberto Juarroz, Douzième poésie verticale, La Différence, 1993

Sur tout il y a quelque chose d'écrit,
que nous ne déchiffrons qu'à moitié.
Tout n'est qu'un palimpseste
qui ne s'efface qu'en partie
et multiplie ensuite ses couches d'écriture.
le silence lui même est écrit.

Nous ne pouvons
effacer une seule lettre.
nous ne pouvons pas non plus
ne pas écrire par-dessus.

Mais un compromis est possible:
Ecrire vers l'intérieur
Là, comparativement,
il y a beaucoup moins d'écrits.



Ce livre La rose est sans pourquoi donne des extraits de Pèlerin chérubinique  - chef d’œuvre de la littérature allemande du XVIIe siècle d'Angelus Silesius. Des distiques fulgurants choisis et présentés par Christiane Singer traduit par Camille Jordens avec des calligraphies de Vincent Geneslay. 
Un excellent livret pour ressentir l'univers de ce poète et mystique allemand


La rose est sans pourquoi
elle fleurit parce qu’elle fleurit,
elle ne se soucie pas d’elle-même,
elle ne se demande pas si on la voit


Ami, cela suffit
si tu veux lire davantage
va, deviens toi-même l’écriture,
deviens toi-même l’essence
 
Brigitte Maillard

6 commentaires:

  1. merci brigite encore du pour bonheur bel été au chaud et à l'ombre

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    1. merci à vous Frankie de toute votre attention à ce travail, ça me fait vraiment plaisir

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  2. Ces poèmes sont aussi doux que le soleil à l'ombre, les yeux dans les yeux ou le rire d'un enfant!
    Bonne soirée Brigitte!

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    1. C'est tendrement dit ami Bizak, bel été à toi et merci de ta visite :)

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  3. l'essence même de toute poésie dans ces lignes :
    "La rose est sans pourquoi
    elle fleurit parce qu’elle fleurit,
    elle ne se soucie pas d’elle-même,
    elle ne se demande pas si on la voit


    Ami, cela suffit
    si tu veux lire davantage
    va, deviens toi-même l’écriture,
    deviens toi-même l’essence...

    Merci pour ces mots fleuris

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    1. Soyez la bienvenue Josette en ce jardin, je ne me souviens plus dans quel texte du mystique Rûmî j'ai lu cette pensée qui m'a toujours accompagnée:

      "cueillir la r.o.s.e dans les lettres"

      voilà le sens de ce jardin

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