samedi 24 juin 2017

Voix réunies, Antonio Porchia

Voix réunies Antonio Porchia



Nous recevons la visite de notre vie absente, dans la douleur


Le lointain, le très lointain, le plus lointain, je ne l’ai trouvé que dans mon  sang


Je t’aiderai à venir si tu viens et à ne pas venir si tu ne viens pas


la terre a perdu avec moi, une poignée de terre


Là où il y a une petite lampe allumée, je n’allume pas la mienne


Celui qui cherche à te blesser  cherche ta blessure pour te blesser dans ta blessure


Je peux ne pas regarder les fleurs mais pas quand personne ne les regarde


L’extraordinaire parait être ce qui donne vie à tout. Et moi je crois que c’est notre ignorance l’extraordinaire


Voix réunies, Antonio Porchia, éditions Erès collection Po&Psy dirigée
par Danièle Faugeras et Pascale Janot




J’ai découvert Voix d’Antonio Porchia avec ce premier recueil paru aux éditions Erès en 2011 dans la collection Po&Psy, Voix éparses . Une émotion profonde  tant cet écrit est profondeur. Aujourd’hui sont réunies en un unique volume, l’intégralité de ces Voix, Voix réunies. Une version bilingue où se retrouvent 1182 Voix. C’est l’œuvre unique de son auteur Antonio Porchia 1885-1968,  poète argentin découvert par Roger Caillois qui sera son premier traducteur.

Antonio Porchia partageaient avec ses amis ses aphorismes qu’ils nommaient lui-même, ses voix; avec le temps et suivant le chemin des bibliothèques rurales, ces voix pénètrent dans les cœurs des argentins. Elles sont lues, apprises et recopiées avec passion. Peu de temps avant sa mort Antonio Porchia enregistrait  sur une radio locale certaines de ses voix que nous pouvons écouter en suivant ce lien. L’écoute nous donne la dimension de l’être :


Roberto Juarroz a écrit une postface à cet ouvrage, postface que vous pouvez lire sur internet et je crois pour ma part n’avoir jamais lu une réflexion sur la profondeur aussi passionnante. C’est aussi ce qu’il y a  de mieux pour entrer accompagné (si vous le souhaitez) dans l’univers d’ Antonio Porchia . Voici un extrait :


"La profondeur est risque. De quoi ? De ne rien trouver. " Ne découvre pas : il se pourrait qu’il n’y ait rien. Et rien ne se peut recouvrir. " Ou risque de multiplier le rien, le mystère, la limite ou l’illimité : " On m’ouvre une porte, j’entre et me trouve devant cent portes fermées. " Ou risque plus grand : celui de trouver quelque chose. Et la peur : " Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir. " Et la solitude : " Qui ne remplit son monde de fantômes, reste seul. "
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La pensée profonde passe par le sens ancien de l’intelligence . lire à l’intérieur des choses. Elle est pénétration, aventure et audace, abandon des garanties, découverte et création, le " nouveau " de Baudelaire, l’ " ouvert " de Bergson, l’absolue liberté de la quête, l’abolition des sécurités. C’est pourquoi Heidegger a pu affirmer que la science ne pense pas et risquer que la philosophie non plus ne pense pas.
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L’effort d’approfondissement, l’exercice de la captation profonde, n’a rien à voir avec l’astuce, la perspicacité ou la jonglerie intellectuelle qui remplissent livres et revues. C’est comme un instinct de plongeur, un refus de toutes les zones intermédiaires, un cohérence d’intégrité, une décision d’aller jusqu’au terme, bien qu’il n’y ait pas de terme. Cela exige toute la vie en appoint, sans jeux faciles, sans recul devant l’abîme. Approfondir est la forme la plus radicale et généreuse de l’héroïsme. C’est être aussi sans références. L’échelle de relation est désormais l’infini, et la rencontre avec la mort comme expérience anticipée et paramètre constant du possible."
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Antonio Porchia sur wikipédia


Articles sur Voix réunies

Revue Recours au Poème, Les Voix, réunies d'Antonio Porchia -Paul Vermeulen
Le Nouveau recueil, Les voix multiples d'Antonio Porchia - Yves Humann
( message déjà paru en juin 2014 réactualisé ce jour)

Brigitte Maillard

Voix réunies, Antonio Porchia


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