dimanche 30 juin 2013

Roger Dautais, Landartiste

Message paru en 2010 et réactualisé ce jour





" Car il faut que chacun compose le poème de sa vie " Youenn Gwernig



Il aime se pencher sur les rives, décorer les océans, du sable faire une croix. Il suit son geste dans les couleurs de sa trace. Ce geste comme « L’unique trait de pinceau » du Landartiste.
Quand sa main glisse sous le sable, il pense à son aimée dont les yeux bleus caressent l’espace. Il s’anime. Tout lui parle à cet homme, les pierres et les allumettes, votre sourire et ses regrets.
Plongé dans la nature, il est de ceux qui dansent sur la mer... 
Roger Dautais trépigne, fouille le sol. Il regarde l’espace et le prend sous sa main, le corps endolori par la pliure. Un genou à terre, Roger dessine une spirale sur le sable. Quelques heures plus tard, seul face à l’océan, il regardera peut-être la mer effacer son œuvre… c’est le principe même du Land art, l’œuvre n’existe plus que dans la mémoire de l’artiste, celle de ses mains et du cœur à l’ouvrage 

« La route me tend les bras. Il me serait bien impossible de dire vers où j'irai demain, tant ma vie de land-artiste s'inscrit dans l'aléatoire, l'éphémère, l'inconnu. C'est comme ça depuis tant d'années, depuis que je pratique le land art. Je peignais une mauvaise toile inspirée par la vie d'Ana Mendieta, prêtresse du land art Américano-Cubaine, trop vite disparue, lorsque j'ai ressenti cet étrange appel vers l'extérieur, vers la nature. Nous étions en 1999 et je décidais de changer de cap, d'abandonner la peinture pour suivre cette inspiration. Mes vrais premiers pas en land art ( je ne compte pas ceux réalisés sans conviction quelques années avant) datent de cette année là et je pourrais encore vous emmener sur cette plage où j'ai réalisé, devinez quoi...un gisant »
 extrait du blog de Roger Dautais - Le chemin des grands jardins


Sur son blog, comme un livre ouvert, Roger Dautais se raconte. Il nous offre des témoignages, des lectures, des rencontres … une vie d’artiste que l’on peut suivre en toute simplicité.
Mais il écoute aussi la vôtre . C’est là que je l’ai rencontré.


« Chercheur d'ailleurs, coureur d'estran, marcheur impénitent, fabricant d'étoiles, monteur de cairns, tisserand d'instants précieux, ravaudeur de rayon de soleil, dompteur d'écume, tourneur de spirales, voyageur né, , ami des fleuves et des rivières, passant des déserts, enchanteur de coudrier, découvreur d'onde pure, rêveur à la belle étoile, ami d'Orion et d'Horus, artisan des matins glacés, il me semble, de plus en plus, ne pas connaitre grand chose dans ce lien qui me rattache à la nature. La poésie de ma démarche est sans doute dans ce questionnement, cette partie de mon enfance, si présente, qui me fait, chaque jour, plus étonné du jour qui se lève. Je pense avoir besoin de cette naïveté pour être en mesure de jouer encore ma vie dans ces installations. Ceci ne veut pas dire que je vois la vie, naïvement, non, bien au contraire, mais j'espère de transformer cette crainte de l'avenir que l'on nous propose, et prépare en instants "vivables", autrement. Il est vrai que j'y arrive assez facilement, avec cette capacité d'oubli qui est la mienne, au moment de la création, non pas que je sois dans un état second, mais simplement, occupé et croyant au travail que je fais, sans d'ailleurs essayer de lui donner une valeur de qualité, une note. Nul besoin de cultiver ce détachement , il est naturel et je pense, inspiré par la finitude de l'homme.Les photos, lorsque j'en prends, me permettent souvent de découvrir plus justement ce que j'ai réalisé » extrait du blog de Roger Dautais - Le chemin des grands jardins

Mais silence, Roger est penché sur le sable, il regarde, dessine avec les pierres « des empreintes imprimées par le cœur » comme dirait Guo Ruoxou . Il n’imite pas la nature, mais travaille avec elle. L’expérience est intense. Le poème commence à suinter de la pierre. Le monde vient à sa rencontre…l’homme frémit.


En chaque homme une dimension poétique, celle-là même qui crée notre existence et nous donne sens. C’est dans le cadre de cette quête inlassable de trouver un autre rapport avec la réalité, une autre façon de penser le monde que j’ai croisé le chemin de Roger Dautais. Engagée dans le monde par le poème, j’y retrouve le même écho. Il est ainsi un nouveau regard sur l’humain que l’on peut suivre en toute gratuité sur son blog.

Finalement Roger, ton blog c'est comme un cairn que tu serais en train de bâtir là sur la mer, jour après jour tu nous réponds avec la même présence, nos regards se croisent à l'horizon et nous sommes de plus en plus nombreux à te voir ...


« J'ai aimé tenter d'inventer ma vie, de l'imaginer, de l'écrire puis de la réaliser. Je crois que le rêve a un prix, comme la liberté, et si j'ai payé cash, je ne regrette pas mes choix. Ce dont je suis sûr, c'est que nous n'emmenons rien de l'autre côté du miroir et cela m'a aidé à suivre une route, donner un sens à mon travail d'artiste et m'inscrire dans l'éphémère en pratiquant le land art. Mais je ne pourrais pas continuer sans ce besoin vital de lien avec mon alter ego, sans cultiver cette humanité qui me compose, sans aimer la vie. »
extrait du blog de Roger Dautais - Le chemin des grands jardins






 Le site Le chemin des Grands Jardins de Roger Dautais


Brigitte Maillard

Roger Dautais  Landart

samedi 29 juin 2013

Dialogues en humanité, Lyon 2013



Les Dialogues en humanité sont nés en 2002 lors du sommet mondial de Johannesburg.Une rencontre entre Patrick Viveret (philosophe), Gérard Collomb ( Sénateur-maire de Lyon) et Geneviève Ancel aujourd’hui coordinatrice des Dialogues. 
Ces Dialogues nés à Lyon essaiment en France et à travers le monde. 
Les 5,6 et 7 juillet vont avoir lieu à Lyon trois jours d’échanges , de rencontres, au cœur de l’humain. Témoignages, ateliers du sensible, agoras permettent à chacun de vivre pleinement cette pensée « L’idée, c’est  de mettre sur la question humaine les mêmes énergies, les mêmes capacités  pluridisciplinaires que pour sauver la terre » Patrick Viveret. Les Dialogues deviennent une occasion inédite de s’interroger sur les liens entre l’humain, l’écologie, l’art, la place des femmes dans la société…

mardi 25 juin 2013

Dimitri Hubert Photography, Chez Max à Quimper

© Dimitri Hubert

Le regard toujours interroge. Il est essentiel et poursuit le monde en vérité.
 " c'est par mon regard que je te vois et que tu me vois " Ibn Arabi.
Regards qui s'offrent, l'un à l'autre.
 Que s'est-il passé à cet instant entre Dimitri Hubert  et cet homme,
 croisé dans les ruelles de Mastuj.Un petit village au nord ouest du Pakistan, 
dans la chaîne montagneuse de l'Hindu Kush ?
Dimitri Hubert est un photographe voyageur qui parcourt le monde en solitaire.
Après deux ans de route, des milliers de kms, le voilà de retour, riche de la profondeur
de son voyage. Il sera demain dés 18h Chez Max à Quimper où il expose depuis quelques semaines
ses photos, pour raconter sa longue traversée et nous livrer les secrets de ses rencontres.




Le Vrai toujours
Est ce qui naît
          d'entre nous
Et qui sans nous
           ne serait pas

Né d'entre nous
Selon le souffle
           du pur échange
Le Vrai toujours
Est ce qui tremble
Entre frayeur et appel

Entre regard et silence

François Cheng, Le livre du vide médian, page 17, Albin Michel


François Cheng que je citais aussi dans le billet précédent est écrivain poète et calligraphe, membre de l'Académie Française.Ce poème est extrait du recueil, Le livre du Vide médian, Albin Michel
 - Le vide médian est selon le Tao,ce troisième souffle qui élève le yin et yang vers une transformation créatrice.Cet espace vivifiant créé par le souffle nous ouvre la voie du dépassement -


J'aime ce visage que j'ai eu envie de mettre ici en lien avec ce poème de François Cheng qui sait si admirablement dire dans Le livre du Vide Médian comme dans ses remarquables Cinq méditations sur la beauté, cet entre les êtres, ce qui surgit là. Toujours unique. D'un visage à l'autre.


Puisque le Regard est
                plus que les yeux
Et la parole
               plus que les lèvres
Plus que le coeur
                le battement sans fin (...)

François Cheng, Le livre du vide médian, page 197, Albin Michel


Infos:
Article Quimper en ligne

Clic sur la photo pour agrandir

Brigitte Maillard

Dimitri Hubert Photography, Chez Max à Quimper François Cheng

lundi 24 juin 2013

Le Jardin et la poésie

Ouvrir ce détour par Le Jardin avec François Cheng écrivain poète et calligraphe, membre
de l'Académie Française avec ce poème extrait du recueil, Le livre du Vide médian, Albin Michel
 - Le vide médian est selon le Tao,ce troisième souffle qui élève le yin et yang vers une transformation créatrice.
Cet espace vivifiant créé par le souffle nous ouvre la voie du dépassement -

Voici le nouveau jardin
Si tu es en larmes encore
           à toi il s'offre

Si tu ouvres les yeux
          voici les iris
Si tu tends la main
          voici les pivoines
Si tu répands ta chevelure
Voici, de senteur en senteur
Tous les sentiers de la fragrance
             menant vers les herbes infinies
vers la fontaine
            jaillie du tombeau

Si tu as soif encore
A toi il s'offre
           le jardin nouveau

Suivre maintenant la voix  très émouvante de Gérard Manset dans Un jardin que je sais, extrait de son Cd Manitoba ne répond plus


Voir une fleur dans Le jardin de l'amie "Rose ô contradiction pure"  Rainer Maria Rilke

© Fabienne Wind

Lire sur Médiapart les billets Lectures sous l'arbre qui  nous accompagnent "Sous l'arbre de Cheyne" au XXII Lectures sous l'arbre, en ardèche du 18 au 25 août.
"Il est des lieux dont la puissance mérite un chant, à la fois célébration et appel du maquisard. Ce sont des lieux qui remettent l’être humain à sa juste place. L’atelier de Cheyne au Chambon-sur-Lignon, le beau territoire des Lectures, est de ceux-là.
Sous l’arbre, on chante et on résiste. On y partage le pain et la poésie.
Le festival bruisse et crie sur le frais plateau Vivarais-Lignon. Voici pour une semaine, mille trajectoires d’êtres, de corps, de mots et de souffles. La poésie circule comme un courant électrique entre nous, bénévoles, lecteurs, auteurs…" Lysiane Rakotoson, extrait Médiapart, Sous l'arbre de Cheyne

                                                                                                                                     à suivre
©Brigitte Maillard

Le Jardin et la poésie

mercredi 19 juin 2013

Patrick Viveret, comment réenchanter le monde?


" Etre humain, c'est créer de l'amour et de la conscience"



Liens utiles
Université de la terre, carrefour de réflexion et de débats, le meilleur est à venir
Patrick Viveret, Philosophe, économiste, sur wikipédia
Dialogues en humanité, Forum global sur la question humaine, Osons la métamorphose
Un million de révolutions tranquilles, Bénédicte Manier - comment les citoyens changent le monde -
Ed. Les liens qui libèrent
et sur la toile de nombreux posts audio & vidéo retransmettent l'engagement de Patrick Viveret
dont le dernier livre La cause humaine : du bon usage de la fin d'un monde Ed Liens qui libèrent
fait l'objet d'une passionnante émission sur France Culture, Les racines du ciel en février 2012

Patrick Viveret, comment réenchanter le monde?

lundi 17 juin 2013

Louis Bertholom, Bréviaire de sel, Pierre Tanguy



Je vous présentai le 22 mai, ici même le nouveau livre de Louis Bertholom, Bréviaire de sel. Ce livre reçoit une très belle écoute. Voici la note de lecture de Pierre Tanguy écrivain, journaliste et poète breton. Suivi d’une vidéo qui annonce la sortie prochaine du film documentaire d’Elsa Isoardi sur les artisans de la mer : Les restes du vent. Dans ce film des extraits du livre Bréviaire de sel sont lus par Roland Bertin.

                                Louis Bertholom : « Bréviaire de sel »

 
     Il y a des terroirs qui inspirent plus que d’autres. Par leur force, par leur amplitude, par l’ébranlement qu’ils provoquent en l’homme, soudain confronté à une nature qui le dépasse et l’envoûte. La baie d’Audierne en fait partie. Bernard Berrou et René Le Corre ont dit superbement ce pays dont ils sont issus. Le premier dans Un passager dans la baie (La Part commune 2005), le second dans Pourquoi la mer et Les saisons (La part commune, 2009 et 2011).
     Le poète-barde Louis Bertholom s’est aussi approché de la baie d’Audierne. Il en tire un Bréviaire de sel dont il a fait, indique Alain-Gabriel Monot dans la préface du recueil, un « précis de géographie poétique ». Pas facile, pourtant, de parler de ce littoral austère et rude quand on vient d’un terroir aimable et cossu. Louis Bertholom est né au pays du cidre, des pommes et des cerises. Il est Fouesnantais. «Me zo ganet et bro Foën », écrit-il dans son Bréviaire. La baie d’Audierne est l’exact opposé de son pays natal. Ce n’est pas le même ciel, le même vent, les mêmes arbres. « La mer laisse une œuvre /de cailloux finement percés/travail d’orfèvre qui contraste/avec la brutalité de sa force ».
     Alors – on le comprend – le poète s’enflamme. Tout, ici, est si démesuré. « Le grondement sourd/mémoire des tsunamis avortés/clame une force qui se retient ». Le ton devient lyrique et la voix du poète (ancien chanteur de rock) enfle. « Je marche dans la parole plurielle/d’un pays de haut vol ».
     Puis le verbe s’assagit. Louis Bertholom est alors au mieux de sa forme (poétique). Posant le carnet à l’abri de la dune, il  retrouve son calme et épure le propos. Le ton de la confidence, finalement, lui va bien. « Revenir tout doucement/par les voies caillouteuses/caresser les graminées d’automne/humer les chaumières/respirer les crottins ».  C’est le fils de paysans fouesnantais, auteur d’un beau Rivage du cidre (Blanc Silex éditions, 2002), qui pointe alors le bout du nez. Son Bréviaire dit les « errances pastorales/entre les talus de sureaux », là où « les herbes savent des songes/venus de loin ».
     Mais, finalement, comment empêcher quelqu’un de se laisser envoûter par ce terroir échevelé qui court de pointe de la Torche à Pors-Poulhan ?  Louis Bertholom dit même de cette « vaste béance » qu’elle est une « ouverture mystique », au point d’y situer le lieu de sa  deuxième naissance. Ce que la baie d’Audierne avait été aussi pour Paul Quéré, le « poètier » de Plonéour-Lanvern, dans les pas de qui l’auteur s’est mis délibérément.
                                                                                                       Pierre TANGUY.

Bréviaire de sel, Louis Bertholom, préface d’Alain-Gabriel Monot, peintures de Paul Quéré, éditions Sauvages, collection Askell, 110 pages, 15 euros.




Les restes du vent Wego production
Louis Bertholom: 
Agence Bretagne presse
Les Editions Sauvages
Monde en poésie
Pierre Tanguy:
Chemins d'étoiles
Wikipédia

Louis Bertholom, Bréviaire de sel, Pierre Tanguy

Jacques Brel, Quand on a que l'amour



"Quand on n'a que l'amour
A s'offrir en partage
Au jour du grand voyage
Qu'est notre grand amour
Quand on n'a que l'amour
Mon amour toi et moi
Pour qu'éclatent de joie
Chaque heure et chaque jour.."

Jacques Brel 

dimanche 16 juin 2013

Pablo Neruda, Vaguedivague





Vient de paraitre dans la collection poésie/Gallimard Vaguedivague. Pablo Neruda publie Estravagario, présenté en français sous le titre Vaguedivague, en 1958. C’est pour lui une œuvre essentielle.Un témoignage. Il y rassemble des souvenirs, réels ou imaginaires, qu’il explore, questionnant inlassablement la vie pour qu’elle se révèle à elle-même. Il suit les transformations qu’elle impose et confirme sa foi dans la poésie, comme une réponse à la quête solitaire qui revient toujours à la matière, à l’union des éléments, au mouvement et espère le chant du silence.


"Qu’on me laisse tranquille à présent
Qu'on s'habitue sans moi à présent

Je vais fermer les yeux 

Et je ne veux que cinq choses,
cinq racines préférées 

L'une est l'amour sans fin. 

La seconde est de voir l'automne
Je ne peux être sans que les feuilles
volent et reviennent à la terre 

La troisième est le grave hiver
La pluie que j'ai aimé, la caresse
Du feu dans le froid sylvestre 

Quatrièmement l’été
rond comme une pastèque
La cinquième chose ce sont tes yeux
ma Mathilde bien aimée
je ne veux pas dormir sans tes yeux
je ne veux pas être sans que tu me regardes :
je change le printemps
afin que tu continues à me regarder (...)
.
Mais parce que je demande le silence
ne croyez pas que je vais mourir :
c’est tout le contraire qui m’arrive
il advient que je vais me vivre (...)

Je demande le silence, page 9


« (…)  immobile, avec une vie secrète
telle une ville souterraine
afin que glissent les jours
comme des gouttes insaisissables :
rien ne s’use ni ne meurt
jusqu’à notre résurrection,
jusqu’à revenir avec les pas
du printemps enterré,
de ce qui gisait perdu,
interminablement immobile,
et qui à présent s’élève du néant
pour être une branche fleurie »

Saison immobile, page 80

" (...) Si nous n'avons pu être unanimes
en engageant toutes nos vies
peut-être ne rien faire pour une fois
peut-être un grand silence pourra-t-il
briser cette tristesse,
ce ne jamais se comprendre
et nous menacer de mort, 
peut-être que la terre nous apprendra
combien tout semblait mort
et que tout ensuite était vivant (...) "

Se taire , page 17


Par la fenêtre, j'ai vu les chevaux.

Ce fut à Berlin, en hiver. La lumière
était sans lumière, sans ciel le ciel.

L'air blanc comme un pain mouillé.

Et de ma fenêtre un cirque solitaire
Mordu par les dents de l'hiver.

Soudain conduits par un homme,
dix chevaux surgirent dans la brume.
Ils frémirent à peine en sortant, comme le feu,
mais pour mes yeux ils ont occupé le monde
vide jusqu'à cette heure. Parfaits, enflammés,
ils étaient comme dix dieux aux longues pattes pures,
aux crins semblables au rêve du sel.

Leurs croupes étaient des mondes et des oranges.

Leur couleur était miel, ambre, incendie

Leurs cous étaient des tours
taillées dans la pierre de l'orgueil,
et à leurs yeux furieux, l'énergie
se penchait telle une prisonnière.

Et là, en silence, au milieu
du jour, de l'hiver sale et désordonné,
les chevaux impétueux étaient le sang,
le rythme, l'incitant trésor de la vie.

J'ai regardé, j'ai regardé, et alors j'ai revécu: sans le savoir
Là se trouvait la source, la danse d'or, le ciel,
le feu qui vivait dans la beauté.

J'ai oublié l'hiver de ce Berlin obscur.

Je n'oublierai jamais la lumière des chevaux.

Chevaux page 51

Pablo Neruda,Vaguedivague , traduction de Guy Suarès, Poésie/ Gallimard, mai 2013

Sur Wikipédia

Brigitte Maillard

Poésie Pablo Neruda, Vaguedivague