mercredi 10 mai 2017

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical

l'enfer musical Alejandra Pizarnik




À la cime de la joie je me suis prononcée sur une musique jamais entendue. Et quoi? Puissé-je ne vivre quen extase, faisant de mon corps le corps du poème, rachetant chaque phrase avec mes jours et mes semaines, insufflant mon souffle au poème à mesure que chaque lettre de chaque mot aura été sacrifiée dans les cérémonies de vivre.



et qu’est-ce que tu vas dire
je vais seulement dire quelque chose
et qu’est-ce que tu vas faire
je vais me cacher dans le langage
et pourquoi
cette peur

Cold in hand blues, page 11



Paroles émises par une pensée en guise de planche
de salut. Faire l’amour à l’intérieur de notre étreinte
signifia une lumière noire : l’obscurité se mit à luire.
C’était la lumière retrouvée; doublement éteinte mais
d’une certaine manière, plus vive que mille soleils .
La couleur du mausolée d’enfance, la couleur mortuaire
des désirs contenus s’ouvrit dans la chambre sauvage.
Le rythme des corps cachait le vol des corbeaux.
Le rythme des corps creusait une espace de lumière
à l’intérieur de la lumière.

Lien mortel, page 41




Dans l’espoir qu’un monde soit exhumé par le langage, quelqu’un chante le lieu où se forme le silence. Ensuite il  découvrira que ce n’est pas parce qu’elle montre sa fureur que la mer existe, le monde non plus. C’est pourquoi chaque mot dit ce qu’il dit et en outre, plus, et autre chose.

Le mot qui guérit, page 45



( c’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le chant…)


- S’ouvrit la fleur de la distance. Je veux que tu regardes par la fenêtre
et que tu me dises  ce que tu verras, gestes inachevés, objets illusoires,
formes inabouties…comme si tu t’étais préparée depuis l’enfance,
approche-toi de la fenêtre.



Et quand viendra ce que nous attendons ? Quand cesserons-nous de fuir ?
Quand tout cela arrivera-t-il ? Oui quand ? Où ça ? Comment ? Combien ?   
Pourquoi ? Et pour qui ?

extraits Les Possédés parmi les lilas, page 63 et 67



L'enfer musical Alejandra Pizarnik  Ypfilon éditeur
traduction Jacques Ancet


L'enfer musical est le dernier livre publié par Alejandra Pizarnik  1936-1972
les éditions Ypfilon ont le projet d'éditer intégralement les oeuvres de l'auteur.

Site des éditions Ypfilon


Alejandra Pizarnik est une poète d'une extrême sincérité. Lumineuse et bouleversante.
Elle est écrite par la poésie. Son désir est de naitre d'elle même et c'est de là
qu'elle nous parle tant.



Sur Internet/

Le site de Jacques Ancet, poète et traducteur


Brigitte Maillard

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical


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