vendredi 28 mars 2014

Le court poème d'éveil, Un monde se lève, Antoine Marcel










Pourquoi vivre au milieu
des montagnes de jade?
l'esprit serein, je souris
et ne réponds point
au courant de la source des
pêchers,les fleurs s'en vont
et disparaissent
ce monde à part n'appartient
pas à l'humain












Li Po Réponse au sein des montagnes, page 93

*)










Entre les quatre murs, à l'origine, rien
On ne sait où placer la porte.
Ce petit ermitage,vide, vide, et calme
Clarté de la lune et vent pur balaient les nuages blancs













Hyegun Ermitage du vide, page 108












extraits  Un monde se lève, Antoine Marcel, éditions Accarias L'Originel, janvier 2010


Monde en poésie poème d'eveil Antoine Marcel

dimanche 23 mars 2014

Pour danser un rêve, Eve Lerner, édition Sac à mots

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Parler d’amour

car le bord de l’océan
manque de paroles vives
lancées à son large

Pour dire la vague
la lumière des iles à venir
lui hurler

du haut des voiles
qu’elle ramène en marée
des rêves de plénitude

qu’elle garde en ses abimes
les décombres d’un monde
fou de ruine et de sang

que le clapot tiède d’un été
frôle ma chair
pour danser un rêve

extrait page 9




Je n’aurais jamais cru
que l’on puisse à ce point
jouir d’une intimité
à perdre ses frontières

Le toucher si velours
l’aiguillon du désir si calme
la fontaine d’un plaisir
sans heure

ouvrent une étendue
de temps et d’espace
à l’amble facile de nos corps
car ici et maintenant

sont devenus un ailleurs

extrait page 23




(…)

On obtient tout par la douceur
                         plus de barrières
une fois encore je viens de naitre
         vivante tremblante féconde

je retrouve la paix d’une mare de forêt
le calme d’une berge, la beauté d’une anse
le bercement des branches, je retrouve
le chatoiement du monde
(…)

extrait pages 44 et 45



Pour danser un rêve, Eve Lerner Sac à mots éditions, juin 2013
52 pages, 12 euros


Eve Lerner  les Rendez-vous de Max sur Monde en poésie

Dans cette vidéo, Eve Lerner présente son dernier livre
L'âme chevillée au corps, Editions Dialogues
sélectionné au Prix des lecteurs du Télégramme 2014


« Ce roman langagier familial, hommage de l’auteur à sa mère, linguiste instinctive, se lit comme une archive encore vivante de la vie à l’usine et dans les familles ouvrières du XXe siècle. Une vie faite de travail abrutissant, mais aussi d’invention, de panache et de style.
La langue des pauvres était une langue riche. »



Pour danser un rêve, Eve Lerner, édition Sac à mots, L'âme chevillée au corps

dimanche 16 mars 2014

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical




À la cime de la joie je me suis prononcée sur une musique jamais entendue. Et quoi? Puissé-je ne vivre quen extase, faisant de mon corps le corps du poème, rachetant chaque phrase avec mes jours et mes semaines, insufflant mon souffle au poème à mesure que chaque lettre de chaque mot aura été sacrifiée dans les cérémonies de vivre.



et qu’est-ce que tu vas dire
je vais seulement dire quelque chose
et qu’est-ce que tu vas faire
je vais me cacher dans le langage
et pourquoi
cette peur

Cold in hand blues, page 11



Paroles émises par une pensée en guise de planche
de salut. Faire l’amour à l’intérieur de notre étreinte
signifia une lumière noire : l’obscurité se mit à luire.
C’était la lumière retrouvée; doublement éteinte mais
d’une certaine manière, plus vive que mille soleils .
La couleur du mausolée d’enfance, la couleur mortuaire
des désirs contenus s’ouvrit dans la chambre sauvage.
Le rythme des corps cachait le vol des corbeaux.
Le rythme des corps creusait une espace de lumière
à l’intérieur de la lumière.

Lien mortel, page 41




Dans l’espoir qu’un monde soit exhumé par le langage, quelqu’un chante le lieu où se forme le silence. Ensuite il  découvrira que ce n’est pas parce qu’elle montre sa fureur que la mer existe, le monde non plus. C’est pourquoi chaque mot dit ce qu’il dit et en outre, plus, et autre chose.

Le mot qui guérit, page 45



( c’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le chant…)


- S’ouvrit la fleur de la distance. Je veux que tu regardes par la fenêtre
et que tu me dises  ce que tu verras, gestes inachevés, objets illusoires,
formes inabouties…comme si tu t’étais préparée depuis l’enfance,
approche-toi de la fenêtre.



Et quand viendra ce que nous attendons ? Quand cesserons-nous de fuir ?
Quand tout cela arrivera-t-il ? Oui quand ? Où ça ? Comment ? Combien ?   
Pourquoi ? Et pour qui ?

extraits Les Possédés parmi les lilas, page 63 et 67



L'enfer musical Alejandra Pizarnik  Ypfilon éditeur, 2012
traduction Jacques Ancet


L'enfer musical est le dernier livre publié par Alejandra Pizarnik  1936-1972
les éditions Ypfilon ont le projet d'éditer intégralement les oeuvres de l'auteur.
Six volumes ont déjà parus.

Alejandra Pizarnik est une poète d'une extrême sincérité. Lumineuse et bouleversante.
Elle est écrite par la poésie. Son désir est de naitre d'elle même et c'est de là
qu'elle nous parle tant.



Sur Internet/

Le site de Jacques Ancet, poète et traducteur


Brigitte Maillard

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical