lundi 24 novembre 2014

Poésie, Un grand vent s'est levé, Danny Marc


UN GRAND VENT S'EST LEVE

Il est venu de si loin
le long chemin de notre désert
Il était si profond
le long sommeil
             qui me séparait de toi

Elles sonnèrent si nombreuses
les longues heures
            où nous étions absents

Un jour est arrivé
où le tracé des étoiles a remplacé
           et le désert
           et le sommeil
          et l’absence

Ce jour là

un grand vent s’est levé




ORPHEE

Ce soir
le vent fou de tes mains
a dérangé mes cheveux
Il a fait basculer l’ordre établi
au temple de mon corps
Solidement construite
à la patience des jours
je me croyais de pierre
je me pensais de roc
Mais ce soir
le vent fou de tes mains
a dérangé mes cheveux
Il a ramené sur mes lèvres
le chant des vagues





SI NOUS REFAISIONS LE MONDE


(...)


Si nous refaisions le monde
      Ô toi que j’aime
à jamais tu saurais

l’amour en prière
et ma tendresse à genoux



Un grand vent s'est levé, Danny Marc préface Michel Cazenave 
post-face de Gaëtan Courrèges  Illustrations Danièle  Maffray
68 pages, 12 euros
Pages 11,17,63




Poésie, Un grand vent s'est levé, Danny Marc

mercredi 19 novembre 2014

Klavdij Sluban, Photographe




Klavdij Sluban Hauteville house Guernesey 2013
Klavdij Sluban, Hauteville House, Guernesey, 2013 © Klavdij Sluban

Les photos de  Klavdij Sluban se regardent longuement. Il y a quelque chose d’obscur qui ne fait que passer. Une voie du silence entre peinture et photo; une voie qui se pose comme à regret sur l’absence et la devine, sans que jamais rien ne vienne la contredire. Ses photos s’ouvrent à la parole d’un désert sans images.

Brigitte Maillard

Site Klavdij Sluban
Source photo Klavdij Sluban Habiter l'exil exposition Au coeur de l'intime
Podcast entretien Brigitte Maillard réalisé sur Aligre 93.1 avec Klavdij Sluban dans le cadre des émissions Monde en poésie de l'été 2011.

Klavdij Sluban, Photographe

dimanche 9 novembre 2014

Horacio Castillo, Recours au poème éditeurs, Lecture numérique

Alaska Horacio Castillo Recours au poème editeurs






L’arbre bleu 




Un arbre bleu ordonne l’univers.
Ses feuilles distillent sur la terre pluie ou miel,
et alentour naît un espace indélébile,
la zone où dort l’oiseau réel.





Épître 




Les Juifs demandent des signes, les Grecs de la sagesse,
mais moi je dis : Devenez fous.
Où est le sage, où est le scribe ?
La lumière du monde a été escamotée.
Êtes-vous aveugles ?
Réjouissez-vous de votre cécité.
Êtes-vous sourds ?
Réjouissez-vous de votre surdité.
L’aveugle a été choisi pour tout voir,
le sourd pour entendre l’inaudible.
Oui, devenez fous.
Car tous les yeux ont été voilés
et nous voyons seulement ce que nous ne voyons pas,
toutes les oreilles ont été scellées
et nous entendons seulement ce que nous n’entendons pas.
Voulez-vous des prodiges ?
Devenez fous.
Voulez-vous de la connaissance ?
Devenez fous.
Car à saisir l’Insaisissable
les mains se brisent,
à toucher la Vérité
la raison s’enflamme.
Devenez fous.








extraits pages 36 et 43 
Recueil traduit de l'espagnol (Argentine)
par Yves Roullière
Edition Bilingue / Bi-lingual (French / Spanish)
Novembre 2014
75 pages
ISBN 978-2-37226-012-1
€ 8.00
formats disponibles :
epub, mobi, pdf





Alaska vient de paraître aux nouvelles éditions Recours au poème éditeurs, collection Ailleurs, Recueil de grande qualité, voix puissante de l'auteur argentin Horacio Castillo

« Horacio Castillo (1934-2010) est unanimement salué comme un des plus grands poètes argentins de la seconde moitié du XXe siècle (…). La poésie et la poétique de Castillo, de son propre aveu, sont en effet parentes de celles d’auteurs étrangers à prétention d’emblée universelle comme Constantin Cavafis, Saint-John Perse ou Salvatore Quasimodo. Les réunit une même qualité épique, exaltant les êtres humains qui marchent à découvert dans les contrées lointaines et intérieures où les plus secrètes pulsions des héros et héroïnes que nous fûmes, sommes et serons, ne fût-ce qu’un instant de notre vie, s’opposent aux forces du destin et des dieux. » Yves Roullière


La revue numérique en ligne Recours au poème  ( Revue nourrie, dynamique, qui fait un travail d’accueil et de regard critique autour de la poésie, réservant une large place à la poésie contemporaine – florissante ) fondée par  Matthieu Baumier et Gwen Garnier -Duguy vient d’ouvrir une nouvelle porte, celle de l’édition numérique, Recours au poème éditeurs

On y retrouve différentes collections : Poètes des profondeurs, Contemporains, Ailleurs, Premiers poèmeset déjà de nombreuses parutions.

L’édition numérique est un enjeu de taille pour l’édition de poésie, à si faible tirage. Elle pourrait largement contribuer à sa diffusion. L’édition de poésie n’est pas très en forme  (lectorat faible, coût élevé des livres, excès de publications:  Un auteur s'évalue-t-il  au nombre de ses recueils comme à son ancienneté sur le marché poésie… )

De vifs débats animent l’apparition de la lecture numérique. Le goût du papier, la tradition du livre/objet que l’on aime tenir entre ses mains, ce dialogue intime qui se crée ainsi pourra-t-il exister avec le livre numérique ? Comment se relier à ce nouvel outil ? Comment se réapproprier cette lecture, l’annoter tout simplement. Quid de la dédicace de l’auteur, de la page écornée, de la chaleur du livre, de son odeur, de nos bibliothèques, de nos mémoires… que faire de toutes nos habitudes de lecteur ?


Tout est à inventer sur ce chemin numérique. Recours au Poème nous y conduit. 

Lire aussi entretien Matthieu Baumier et Christophe Morlay exposent la raison d'être
d'une maison d'édition numérique dédiée à la poésie
Retrouvez Matthieu Baumier Un livre, un jour 29 janvier 2015 "La poésie en numérique
Recours au poème éditeurs"


Recours au poème éditeurs:



Horacio Castillo, Recours au poème éditeurs, Lecture numérique

lundi 3 novembre 2014

Effacement, Spered Gouez, L'esprit sauvage

Spered Gouez l'esprit sauvage n°20
Effacement est le thème du numéro 20 de la revue Spered Gouez /L’esprit Sauvage, revue créée par Marie Josée Christien et éditée avec le concours du Centre culturel breton Egin.
On retrouve en couverture (et sur la quatrième de couverture) une photo du land artiste Roger Dautais (Roger Dautais sur Monde en poésie)
Sur le sable mouillé, une signature : Un poème de Youenn Gwernig, «  Car il faut que chacun compose le poème de sa vie » dont bientôt la mer effacera les lettres une à une. Effacement.


"L’ effacement  n'est pas une simple expérience personnelle mais une façon d'être au monde, un envol subtil et subversif. (...) c'est surtout abdiquer toute volonté de domination pour mieux voir l'autre, voir apparaître en soi l'éclosion du monde et être attentif à sa fragilité et à sa force sauvage"  Marie Josée Christien


Chroniques sauvages, Point de vue, Escale et Avis de tempête forment la première partie de la revue. On y retrouve des articles sur Malik Duranty, Tristan Corbière, Eve Lerner, Jean Noël Gueno…les regards  de Marie Josée Christien, Guy Allix, Jean Bescond, Jean-Claude Bailleul, Bruno Geneste, Patrice Perron et Jacqueline Saint Jean sur livres et revues…coups de cœur et vagabondages.

Puis vient le chœur des auteurs anonymes. Auteurs, poètes qui ont répondu présent à la proposition de la rédaction : œuvrer sous couvert de l’anonymat au thème de l’effacement. (anonymat relatif puisque grâce au sommaire le lecteur identifie s’il le souhaite auteurs et poèmes).

La densité des écrits nous conduit avec force d’un univers à l’autre, si différents, mais unis autour de la grande action de l’Effacement. Toutes les questions se posent jusqu’à ce qu’apparaisse à la fin la simplicité du  petit poème pensif tout parfumé d’aurore. Comme s’il n’était plus possible de discourir.

Avec les litanies pour un effacement, l’auteur fait vivre d’expérience l’effacement dans les lettres. Une succession rythmée, jusqu’à une petite lettre en suspension...

L’effacement prend toutes les couleurs, qu’il s’agisse de sa relation avec l’ego, la littérature, de la disparition des êtres, de notre marche vers l’absence, entre le vide et le plein/ le début et la fin/ la fin, de nos traces perdues, de ce devenir invisible/sans secrets/sans pays/sans passé, et de cette question au soir/ qu’emporterai-je ?...Je me suis effacé /après avoir lu mon poème…juste/ une trace sur le sable…

Chacun pourra en lisant cette revue poursuivre son dialogue intérieur avec l’effacement, être saisi par les résonances.



Faut-il donc s’effacer au point de disparaître ?

                 les morts le font
                    et nous les cherchons
                       en vain

         Plutôt faire silence en soi
                pour qu’ils passent
                       les jours

        comme de grands oiseaux

    Et tu entendrais leurs appels
         vers l’autre continent



extrait page 125 Revue Spered Gouez N°20



Présentation de la revue:


Agence Bretagne Presse