samedi 7 novembre 2015

Roberto Juarroz, Poésie Verticale

Excès d'écriture

Sur tout il y a quelque chose d'écrit,
que nous ne déchiffrons qu'à moitié.

Tout n'est qu'un palimpseste
qui ne s'efface qu'en partie
et multiplie ensuite ses couches d'écriture.

le silence lui même est écrit.

Nous ne pouvons
effacer une seule lettre.
Nous ne pouvons pas non plus
ne pas écrire par-dessus.

Mais un compromis est possible:
Ecrire vers l'intérieur
Là, comparativement,
il y a beaucoup moins d'écrits.

Roberto Juarroz, Douzième poésie verticale, La Différence, 1993

S'effacer,
s'abstenir,

sous n'importe quel climat. 

Vivre les nuits comme des sortilèges
et rester en marge,
sans même les prononcer.

Dévier légèrement l'éternité
et se tenir là en suspens,
comme un insecte dans une fissure.

Ce n'est qu'ainsi,
abandonnant parfois temporairement la vie,
qu'on peut continuer de vivre (IX, 43)

Roberto Juarroz, Poésie Verticale, Fayard Collection Points

Distraitement je cueille une branche.
Et la tenant dans la main
Je sens qu'elle m'a choisi
pour que je la cueille

La volonté est une substance transparente
que le vent déplace comme un monticule de poussière
et qui se dépose ici ou là
comme un reflet perdu entre les feuilles.

Mais quand ma main lâche la branche,
je sens un instant le tremblement étrange
que doit sentir comme un soleil en sa main
le conducteur des reflets. ( VI, 55)

 

Roberto Juarroz, Poésie Verticale, Fayard Collection Points

( message paru en janvier 2013 réactualisé ce jour)



Roberto Juarroz, Poésie Verticale

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