dimanche 10 septembre 2017

Valère Novarina, de l'intérieur du mot








Je n’utilise pas les mots; je n’en ai jamais cherché aucun. Ce ne sont pas des outils. Devant le langage, les sensations sont de l’ordre du toucher : quelque chose parle là derrière l’oreille; on ressent la matérialité de tout. Les mots sont comme des cailloux, les fragments d’un minerai qu’il faut casser pour libérer leur respiration; tout un livre peut provenir d’un seul mot brisé. Le mot est fermé, enveloppé, secret, enfoui : quelque chose doit apparaître de dedans – de l’intérieur du mot et pas du tout de l’intérieur de l’écrivain. Les mots en savent beaucoup plus que nous  - mais il faut le prendre avec amour entre ses mains et les porter à son oreille. Les mots sont au sol, incompréhensibles et comme des noyaux. Je les ramasse, j’écoute dedans ; je les brise : apparaît une phrase une scène toute la construction respiratoire du livre.


Valère Novarina extrait  Le débat avec l’espace – P.O.L 


Valère Novarina, de l'intérieur des mots

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