vendredi 26 août 2016

Les oiseaux du petit fleuve, François Graveline, madé, Po&Psy

Les oiseaux du petit fleuve François Graveline








Un oiseau passe
la vie aussi

tu n’en sais pas plus
sur elle que sur lui

*


L’énigme
est ta chrysalide.


*

Petit fleuve
ton silence
est une eau douce
pour l’océan


un grand large
qui t’emporte.


*

L’énigme
est un galet

le ricochet
une réponse.


*

Corbeau
tonnerre ailé
tonnerre éraillé
rauque orage

l’éclair
te reste en travers de la gorge


*

Tu te dresses
au plus bas des cieux
dans un monde à perte de vue





Les oiseaux du petit fleuve, François Graveline, Po&Psy, 10 euros






Voici un recueil dans toute sa simplicité de cœur et d’esprit.
80 pages imprimées sur papier Rives, insérées dans une pochette à rabat, un format à l’italienne et les oiseaux chantent… des poèmes nés de la contemplation du poète, au bord d’un petit fleuve…

«  J’ai passé des jours au bord d’un petit fleuve, près de l’océan, à regarder, écouter, rêver les oiseaux. J’ai dû partir. Les oiseaux ne m’ont pas quitté. Des poèmes sont venus. Les voici. » François Graveline

Des œuvres de madé (papiers sculptés - figures géométriques) « accentuent le ciel » des poèmes « dans le même mouvement d’ailes »

Ce mouvement  qui rejoint la pensée de Christian Moncelet ; pensée choisie par l’auteur pour ouvrir l’espace du recueil

« Dans le même mouvement d’ailes
l’oiseau guérit la plaie
qu’il ouvre dans le ciel »


En vol libre, les oiseaux sont là, tout autour de nous…. surgi de la brume comme le fou de Bassan; invisible sur l'autre rive/ pouillot mendiant; 
Héron orpailleur/qui laisse le sable/ pailleté d'écailles...sans oublier Mireille envolée à qui ce recueil est dédié.

Belle présence de la collection Po&psy avec ce livret, comme tant d’autres déjà parus dont je me suis fait l’écho sur Monde en poésie.

Po&Psy est une collection dirigée par Danièle Faugeras et Pascale Janot

Retrouvez tous les livres sur le site des Editions Eres et Po&Psy


"François Graveline vit en Auvergne, où il est né en 1959. Géologue de formation, aujourd’hui journaliste et écrivain, il est l'auteur de récits, de nouvelles, de poèmes sur la nature, l’art roman, le voyage. Il a également traduit les poètes Orhan Veli (Turquie) et Olav Hauge (Norvège). Il a créé chez Bleu Autour la collection "Poètes, vos papiers", et il dirige par ailleurs pour les éditions Nicolas Chaudun la collection de récits de voyage "Phileas Fogg". Il est membre du comité de rédaction de la revue Arpa."

Merci à François Graveline pour ce voyage aimé Avec le petit fleuve
Merci à Mireille envolée qui a inspiré au poète ce moment de grâce



*

Ton rêve
est plus lourd 
que l'air

ce feu qui te brûle
ce sont tes ailes


*




Brigitte Maillard ( article paru en 2015 réactualisé ce jour)

Les oiseaux du petit fleuve François Graveline

mercredi 17 août 2016

La saveur du réel, Pierre Reverdy, Win Wenders, Kenneth White

La saveur du réel - Pierre Reverdy

Il marchait sur un pied sans savoir où il poserait l’autre. Au tournant de la rue 
le vent balayait la poussière et sa bouche avide engouffrait tout l’espace.
Il se mit à courir espérant s’envoler d’un moment à l’autre, mais au bord du ruisseau
les pavés étaient humides et ses bras battants l’air n’ont pu le retenir. 
Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve et il aima, depuis, 
le poids qui l’avait fait tomber. 

« Poèmes en prose » Œuvres complètes, tome 1 - Flammarion 2010


 [Poème rencontré sur le site Poezibao
Pierre Reverdy, à découvrir aussi sur ce site, dossier de Tristan Hordé



Les ailes du désir - Win Wenders





Méditation Méditerranéenne - Kenneth White
Les grues reviendront-elles vers toi ?
Hölderlin, L’Archipel.


Dimanche matin à San Remo

je suis réveillé par les cloches
de l’église franciscaine aux murs jaunes
dont les pieux échos
s’attardent quelque temps avant de s’évanouir
dans un jardin de citronniers

je pars alors en reconnaissance à travers la ville

amusements infantiles
festivals de popsong
spéculations financières

bien sûr

mais aussi
comme ici
dans le vide matinal de ce café
« Normale ? Si, normale »
face aux grandes eaux calmes
de la mer Ligure
(une roseur pâle sur l’horizon gris
et les collines de l’arrière-pays
blotties dans un bleu brumeux)
d’autres choses plus subtiles

visions d’une époque
où ces pentes ne connaissaient
que le vert argenté des bosquets d’oliviers
où les bateaux aux voiles noires de la mer intérieure
laissant derrière eux les sanglantes histoires
et les douloureuses tragédies
longeaient de lumineuses falaises calcaires
sur la route de l’océan

le songe se poursuit
jusqu’aux environs de midi

à l’instant où le soleil
dissipe les nuées
et où les goélands
jusque là silencieux au bord de l’eau
se mettent à jaser.


[Poème rencontré sur le site du Printemps des poètes,
Passeurs de poème sur le thème d'infinis paysages


(article paru en 2013 réactualisé ce jour)
 

La saveur du réel, Pierre Reverdy, Win Wenders, Kenneth White