dimanche 25 juin 2017

Un silence de verdure, Gilles Baudry Nathalie Fréour

Un silence de verdure Gilles Baudry


S'émerveiller
de ses mystères
rend la forêt plus profonde
même le chemin
n'en revient pas



Sur la page en noir et blanc, face à face, si évident l’un à l’autre, poème et dessin se reflètent au miroir éclaté du sous-bois.Un accord mélodieux à la croisée du boisla trace d’un passage fait vivre l’inconnu

La promenade est belle, Là où l’on vit en compagnie des arbres, Reflets de pourpre, Rouille des lichens, Aqua et sanguine, Feuille d’or…


Et ce regard de brume bleue
que tu portes
sur toute chose avec amour
pollinise le monde


Ici le temps se défait de l’absence. Et c’est à un regard de tous nos yeux  que le poète et le peintre nous appellent. Ils renouent une conversation qui ré-anime notre vision native du monde.


À l’herbe passagère
de dire
où nous portent nos pas


Ce recueil illumine comme un rai de soleil notre regard intérieur.


Dans le balancement des graminées
germe un silence de verdure


Un silence de verdure Gilles Baudry & Nathalie Fréour L’enfance des arbres 15 €


Une nouvelle réussite après Ce rien qui nous éclaire pour cette jeune maison d’éditions créée en 2017 par Jean Lavoué, auteur et poète : « L’enfance des arbres ».

Je vous invite chaleureusement à découvrir ce livre au visage singulier. Celui de la rencontre
entre Nathalie Fréour peintre et illustratrice nantaise et Gilles Baudry Moine à l'abbaye de Landévennec et poète. Une écoute du monde empreinte de beauté.











Poésie Gilles Baudry


samedi 24 juin 2017

Voix réunies, Antonio Porchia

Voix réunies Antonio Porchia



Nous recevons la visite de notre vie absente, dans la douleur


Le lointain, le très lointain, le plus lointain, je ne l’ai trouvé que dans mon  sang


Je t’aiderai à venir si tu viens et à ne pas venir si tu ne viens pas


la terre a perdu avec moi, une poignée de terre


Là où il y a une petite lampe allumée, je n’allume pas la mienne


Celui qui cherche à te blesser  cherche ta blessure pour te blesser dans ta blessure


Je peux ne pas regarder les fleurs mais pas quand personne ne les regarde


L’extraordinaire parait être ce qui donne vie à tout. Et moi je crois que c’est notre ignorance l’extraordinaire


Voix réunies, Antonio Porchia, éditions Erès collection Po&Psy dirigée
par Danièle Faugeras et Pascale Janot




J’ai découvert Voix d’Antonio Porchia avec ce premier recueil paru aux éditions Erès en 2011 dans la collection Po&Psy, Voix éparses . Une émotion profonde  tant cet écrit est profondeur. Aujourd’hui sont réunies en un unique volume, l’intégralité de ces Voix, Voix réunies. Une version bilingue où se retrouvent 1182 Voix. C’est l’œuvre unique de son auteur Antonio Porchia 1885-1968,  poète argentin découvert par Roger Caillois qui sera son premier traducteur.

Antonio Porchia partageaient avec ses amis ses aphorismes qu’ils nommaient lui-même, ses voix; avec le temps et suivant le chemin des bibliothèques rurales, ces voix pénètrent dans les cœurs des argentins. Elles sont lues, apprises et recopiées avec passion. Peu de temps avant sa mort Antonio Porchia enregistrait  sur une radio locale certaines de ses voix que nous pouvons écouter en suivant ce lien. L’écoute nous donne la dimension de l’être :


Roberto Juarroz a écrit une postface à cet ouvrage, postface que vous pouvez lire sur internet et je crois pour ma part n’avoir jamais lu une réflexion sur la profondeur aussi passionnante. C’est aussi ce qu’il y a  de mieux pour entrer accompagné (si vous le souhaitez) dans l’univers d’ Antonio Porchia . Voici un extrait :


"La profondeur est risque. De quoi ? De ne rien trouver. " Ne découvre pas : il se pourrait qu’il n’y ait rien. Et rien ne se peut recouvrir. " Ou risque de multiplier le rien, le mystère, la limite ou l’illimité : " On m’ouvre une porte, j’entre et me trouve devant cent portes fermées. " Ou risque plus grand : celui de trouver quelque chose. Et la peur : " Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir. " Et la solitude : " Qui ne remplit son monde de fantômes, reste seul. "
........
La pensée profonde passe par le sens ancien de l’intelligence . lire à l’intérieur des choses. Elle est pénétration, aventure et audace, abandon des garanties, découverte et création, le " nouveau " de Baudelaire, l’ " ouvert " de Bergson, l’absolue liberté de la quête, l’abolition des sécurités. C’est pourquoi Heidegger a pu affirmer que la science ne pense pas et risquer que la philosophie non plus ne pense pas.
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L’effort d’approfondissement, l’exercice de la captation profonde, n’a rien à voir avec l’astuce, la perspicacité ou la jonglerie intellectuelle qui remplissent livres et revues. C’est comme un instinct de plongeur, un refus de toutes les zones intermédiaires, un cohérence d’intégrité, une décision d’aller jusqu’au terme, bien qu’il n’y ait pas de terme. Cela exige toute la vie en appoint, sans jeux faciles, sans recul devant l’abîme. Approfondir est la forme la plus radicale et généreuse de l’héroïsme. C’est être aussi sans références. L’échelle de relation est désormais l’infini, et la rencontre avec la mort comme expérience anticipée et paramètre constant du possible."
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Antonio Porchia sur wikipédia


Articles sur Voix réunies

Revue Recours au Poème, Les Voix, réunies d'Antonio Porchia -Paul Vermeulen
Le Nouveau recueil, Les voix multiples d'Antonio Porchia - Yves Humann
( message déjà paru en juin 2014 réactualisé ce jour)

Brigitte Maillard

Voix réunies, Antonio Porchia


samedi 10 juin 2017

François Cheng, D'infinis paysages



Infinis paysages François Cheng
Photo Brigitte Maillard



D'infinis paysages


 
Oui, voici la colline et la vallée,
Voici le lac et le reflet des nuages.
La lumière les dévoile aube et soir ;
Et le printemps revient à tire-d’aile !
Terre habitable, humain séjour provisoire :
Il n’est vrai paysage que de nos mémoires…
Ô pays ! ô âge ! Transplantés ici,
Nos désirs et paroles nous unissent
A tous les lointains, au grand iambe
Du prime matin du monde. Ecoutons donc
Le chant des âmes errantes, de leurs élans
Inachevés, chant fondu dans les sources
Et la brise, chant nôtre ! L’infini n’est autre
Que nos énigmatiques échanges, sans cesse
Renouvelés, avec l’immémoriale promesse.

 
Nos lieux, nos instants, à jamais uniques. 





François Cheng 2011
inédit source - Printemps des poètes


François Cheng, D'infinis paysages, poèmes, poésie

jeudi 1 juin 2017

Bang Hai Ja La lumière


Bang HAI JA




Bang Hai Ja, artiste peintre et poète coréenne vit en France depuis 1961.
Ici Aube, une  peinture sur papier, avec la terre ocre de Provence et 

des pigments naturels, comme une lumière née de la lumière...
Une grande beauté



"Bang Hai-Ja ne peint pas la nature mais l’espace, le signe, la tache, l’éclair, 
le cri qui deviennent par une sorte de magie visionnaire, éclaboussures de lumière,

frissons d’astres, sismographies d’appels, de rumeurs. 
Les suggestions et les vibrations d’un cosmos imaginé.
 L’émotion se cristallise en elles,  ouvre un chemin vers l’infini"

 Pierre Cabanne (critique d'art, journaliste et écrivain français)




 La lumière peint avec moi, elle devient mon cœur, je deviens lumière. 

Toutes les deux nous entrons dans le tableau 

 Bang Hai Ja


D'où vient cette lumière

Dans l'atelier
Elle naît au centre de mon cœur
Monte du profond de la matière
De la pénombre du monde intérieur
Lentement
Toutes les lumières s'avivent
Se répandent
Inondent l'univers
L'œil du cœur s'ouvre
Surgit l'image cachée 


Ce poème est extrait du site de l'artiste


Bang Hai Ja

dimanche 28 mai 2017

Tentatives Jacques Goorma

Tentatives Jacques Goorma

En ce lieu nommé Tentatives, nous faisons route vers l’inconnaissable.

Sur cette langue de terre, celle qui marche devant est la parole soudain vivante.

- Une parole, nous le découvrons à l’ultime Tentative XC, qui arrêtera et fera vivre 
 le temps -

Celui qui la dévoile est celui qui ne dit rien  : Le silence.
... Sa main d’ombre// pousse dans le dos/ces paroles// jusqu’au bord 
du lumineux plongeoir. Tentative XVII


Tentative : Action, démarche par laquelle on tente de faire réussir quelque chose 
Inconnaissable : Ce qui demeure inconnu

Le titre de ce recueil : TENTATIVES
XC Tentatives
Regards sur l’inconnaissable


doit-on nier ce que l’on ne peut saisir interroge le poète ?

une fois encore/tenter//cette fois/peut-être…


Et nous voilà happés par les XC Tentatives de l’auteur. Une découpe en  cinq chapitres, nommés de 1 à 5. Une tentative par page, de I à XC.

Poèmes épurés, courts et lumineux.
Le mot, pierre ou couteau de lumière, aiguise la joie de vivre.
Simple,  il dépasse la pensée. sentir/être là//une brillance radieuse.


« Tentative LXIV

une parole dans le noir
se déshabille du noir

dans l’antichambre du jour
une joie se prépare

il fait trop beau
pour être seul »


Venez lire le poète qui essaye de comprendre ce qui nous arrive.
Il aperçoit ce qu’il ne saurait imposer. Il devine le scintillement
du monde.


« Tentative XXIV

comme le vent
le silence est invisible

et son souffle agite
la cime des paroles »


Ce recueil a un regard de ciel. Soleil intime, libre comme l’oiseau. Les mots
sont à la portée du silence. Notre cœur, peut-être inconnu jusqu’alors, prendra soudain la mesure des pages.

de frêles passerelles tanguent/au-dessus du silence (…)
une lueur avance (…)

Merci à Jacques Goorma pour ce moment de pure musique. Sur le chemin de la vie intérieure. Une clarté.


Jacques Goorma Tentatives 116 pages 15 €

Les lieux dits éditions 2 rue du Rhin Napoléon

67oo Strasbourg


Lecture de Jacques Goorma à venir au FEC le 13 juin 2017 à 20h30 Salle Léon XIII 
6700 Strasbourg 17 place St-Etienne


Jacques Goorma sur Monde en poésie

Tentatives Jacques Goorma

lundi 22 mai 2017

Poésie chinoise de l'éveil

Poésie chinoise de l'éveil


Entre éveil et poésie, nulle différence Li Tche-yi





La Sublime Terrasse


Nos adieux nous mènent à la Sublime Terrasse
Où le fleuve et la plaine s’enténèbrent si loin.
Les oiseaux reviennent à la nuit -
Voyageur au départ infini.

Wang Wei page 37



Le puits de pierre


Jaspé de la mousse sur les pierres au printemps ;
L’ombre du paulownia glisse dans le puits froid.
Avant de puiser l’au, l’homme du silence
Capte du soleil l’ultime rayon.

Sseu-k’ong Chou page 43



Question-réponse dans la  montagne

Pourquoi habiter la montagne d’émeraude ?
l’esprit libre, je souris en silence.
Au mystère de l’eau les fleurs de pêcher
   glissent –
Univers au-delà des mondes.

Li-Po page 90



Bon voyage

Après nos adieux dans la montagne
J’ai refermé ma porte sur le couchant.
Chaque année le printemps ranime sa verdeur –
Et toi, noble cœur, quand reviendras-tu ?

Wang-Wei  page 249



Sur les murs du Bois de l’Ouest

Un regard d’horizon pour les cols,
Un regard de ciel pour les cimes.
Haut et bas proche et lointain
Ne se ressemblent pas.
J’ignore le vrai visage du mont Lou -
Je sais seulement que j’y suis.

Sou Tong-Po page 258



Poésie chinoise de l’éveil,  Patrick Carré Zéno Bianu, Albin Michel
8,90 euros. 288 pages


Suivre, dans le bleu de l’éveil avec une immense joie les chemins  tracés par ce livre -
A la découverte des plus grands poètes chinois  - guidé par Zeno Bianu et Patrick Carré.

Zeno Bianu sur Monde en poésie



mercredi 10 mai 2017

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical

l'enfer musical Alejandra Pizarnik




À la cime de la joie je me suis prononcée sur une musique jamais entendue. Et quoi? Puissé-je ne vivre quen extase, faisant de mon corps le corps du poème, rachetant chaque phrase avec mes jours et mes semaines, insufflant mon souffle au poème à mesure que chaque lettre de chaque mot aura été sacrifiée dans les cérémonies de vivre.



et qu’est-ce que tu vas dire
je vais seulement dire quelque chose
et qu’est-ce que tu vas faire
je vais me cacher dans le langage
et pourquoi
cette peur

Cold in hand blues, page 11



Paroles émises par une pensée en guise de planche
de salut. Faire l’amour à l’intérieur de notre étreinte
signifia une lumière noire : l’obscurité se mit à luire.
C’était la lumière retrouvée; doublement éteinte mais
d’une certaine manière, plus vive que mille soleils .
La couleur du mausolée d’enfance, la couleur mortuaire
des désirs contenus s’ouvrit dans la chambre sauvage.
Le rythme des corps cachait le vol des corbeaux.
Le rythme des corps creusait une espace de lumière
à l’intérieur de la lumière.

Lien mortel, page 41




Dans l’espoir qu’un monde soit exhumé par le langage, quelqu’un chante le lieu où se forme le silence. Ensuite il  découvrira que ce n’est pas parce qu’elle montre sa fureur que la mer existe, le monde non plus. C’est pourquoi chaque mot dit ce qu’il dit et en outre, plus, et autre chose.

Le mot qui guérit, page 45



( c’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le chant…)


- S’ouvrit la fleur de la distance. Je veux que tu regardes par la fenêtre
et que tu me dises  ce que tu verras, gestes inachevés, objets illusoires,
formes inabouties…comme si tu t’étais préparée depuis l’enfance,
approche-toi de la fenêtre.



Et quand viendra ce que nous attendons ? Quand cesserons-nous de fuir ?
Quand tout cela arrivera-t-il ? Oui quand ? Où ça ? Comment ? Combien ?   
Pourquoi ? Et pour qui ?

extraits Les Possédés parmi les lilas, page 63 et 67



L'enfer musical Alejandra Pizarnik  Ypfilon éditeur
traduction Jacques Ancet


L'enfer musical est le dernier livre publié par Alejandra Pizarnik  1936-1972
les éditions Ypfilon ont le projet d'éditer intégralement les oeuvres de l'auteur.

Site des éditions Ypfilon


Alejandra Pizarnik est une poète d'une extrême sincérité. Lumineuse et bouleversante.
Elle est écrite par la poésie. Son désir est de naitre d'elle même et c'est de là
qu'elle nous parle tant.



Sur Internet/

Le site de Jacques Ancet, poète et traducteur


Brigitte Maillard

Alejandra Pizarnik, L'enfer musical