jeudi 29 juin 2017

Ecrire vers l'intérieur... Poèmes




Descends et dors    dans cet arbre, dans cet arbre.
Repousse la terre    dans cet arbre, dans cet arbre.
Ecope la terre    dans cet arbre, dans cet arbre.
Désinvente le noir   dans cet arbre, dans cet arbre.
Reconstruis des jambes    dans cet arbre, dans cet arbre.
Décline les poussières    dans cet arbre, dans cet arbre.
Coupe la lumière    dans cet arbre, dans cet arbre.
Emplis les orbites    dans cet arbre, dans cet arbre.
Ecris, écris toi vivante    dans cet arbre.

Jacques Roubaud Quelque chose de noir, Poésie/ Gallimard 2001






Sur tout il y a quelque chose d'écrit,
que nous ne déchiffrons qu'à moitié.
Tout n'est qu'un palimpseste
qui ne s'efface qu'en partie
et multiplie ensuite ses couches d'écriture.
le silence lui même est écrit.

Nous ne pouvons
effacer une seule lettre.
nous ne pouvons pas non plus
ne pas écrire par-dessus.

Mais un compromis est possible:
Ecrire vers l'intérieur
Là, comparativement,
il y a beaucoup moins d'écrits.

Roberto Juarroz Douzième poésie verticale, La Différence, 1993




La rose est sans pourquoi Angelus Silesius




La rose est sans pourquoi
elle fleurit parce qu’elle fleurit,
elle ne se soucie pas d’elle-même,
elle ne se demande pas si on la voit


Ami, cela suffit
si tu veux lire davantage
va, deviens toi-même l’écriture,
deviens toi-même l’essence


Ce livret La rose est sans pourquoi donne des extraits de Pèlerin chérubinique,  chef d’œuvre de la littérature allemande du XVIIe siècle d'Angelus Silesius.

Des distiques fulgurants choisis et présentés par Christiane Singer traduit par 
Camille Jordens avec des calligraphies de Vincent Geneslay. 
Un excellent livret pour ressentir l'univers de ce poète et mystique allemand

Brigitte Maillard



Ecrire vers l'intérieur... Poèmes Poésie

dimanche 25 juin 2017

Un silence de verdure, Gilles Baudry Nathalie Fréour

Un silence de verdure Gilles Baudry


S'émerveiller
de ses mystères
rend la forêt plus profonde
même le chemin
n'en revient pas



Sur la page en noir et blanc, face à face, si évident l’un à l’autre, poème et dessin se reflètent au miroir éclaté du sous-bois.Un accord mélodieux à la croisée du boisla trace d’un passage fait vivre l’inconnu

La promenade est belle, Là où l’on vit en compagnie des arbres, Reflets de pourpre, Rouille des lichens, Aqua et sanguine, Feuille d’or…


Et ce regard de brume bleue
que tu portes
sur toute chose avec amour
pollinise le monde


Ici le temps se défait de l’absence. Et c’est à un regard de tous nos yeux  que le poète et le peintre nous appellent. Ils renouent une conversation qui ré-anime notre vision native du monde.


À l’herbe passagère
de dire
où nous portent nos pas


Ce recueil illumine comme un rai de soleil notre regard intérieur.


Dans le balancement des graminées
germe un silence de verdure


Un silence de verdure Gilles Baudry & Nathalie Fréour L’enfance des arbres 15 €


Une nouvelle réussite après Ce rien qui nous éclaire pour cette jeune maison d’éditions créée en 2017 par Jean Lavoué, auteur et poète : « L’enfance des arbres ».

Je vous invite chaleureusement à découvrir ce livre au visage singulier. Celui de la rencontre
entre Nathalie Fréour peintre et illustratrice nantaise et Gilles Baudry Moine à l'abbaye de Landévennec et poète. Une écoute du monde empreinte de beauté.











Poésie Gilles Baudry


samedi 24 juin 2017

Voix réunies, Antonio Porchia

Voix réunies Antonio Porchia



Nous recevons la visite de notre vie absente, dans la douleur


Le lointain, le très lointain, le plus lointain, je ne l’ai trouvé que dans mon  sang


Je t’aiderai à venir si tu viens et à ne pas venir si tu ne viens pas


la terre a perdu avec moi, une poignée de terre


Là où il y a une petite lampe allumée, je n’allume pas la mienne


Celui qui cherche à te blesser  cherche ta blessure pour te blesser dans ta blessure


Je peux ne pas regarder les fleurs mais pas quand personne ne les regarde


L’extraordinaire parait être ce qui donne vie à tout. Et moi je crois que c’est notre ignorance l’extraordinaire


Voix réunies, Antonio Porchia, éditions Erès collection Po&Psy dirigée
par Danièle Faugeras et Pascale Janot




J’ai découvert Voix d’Antonio Porchia avec ce premier recueil paru aux éditions Erès en 2011 dans la collection Po&Psy, Voix éparses . Une émotion profonde  tant cet écrit est profondeur. Aujourd’hui sont réunies en un unique volume, l’intégralité de ces Voix, Voix réunies. Une version bilingue où se retrouvent 1182 Voix. C’est l’œuvre unique de son auteur Antonio Porchia 1885-1968,  poète argentin découvert par Roger Caillois qui sera son premier traducteur.

Antonio Porchia partageaient avec ses amis ses aphorismes qu’ils nommaient lui-même, ses voix; avec le temps et suivant le chemin des bibliothèques rurales, ces voix pénètrent dans les cœurs des argentins. Elles sont lues, apprises et recopiées avec passion. Peu de temps avant sa mort Antonio Porchia enregistrait  sur une radio locale certaines de ses voix que nous pouvons écouter en suivant ce lien. L’écoute nous donne la dimension de l’être :


Roberto Juarroz a écrit une postface à cet ouvrage, postface que vous pouvez lire sur internet et je crois pour ma part n’avoir jamais lu une réflexion sur la profondeur aussi passionnante. C’est aussi ce qu’il y a  de mieux pour entrer accompagné (si vous le souhaitez) dans l’univers d’ Antonio Porchia . Voici un extrait :


"La profondeur est risque. De quoi ? De ne rien trouver. " Ne découvre pas : il se pourrait qu’il n’y ait rien. Et rien ne se peut recouvrir. " Ou risque de multiplier le rien, le mystère, la limite ou l’illimité : " On m’ouvre une porte, j’entre et me trouve devant cent portes fermées. " Ou risque plus grand : celui de trouver quelque chose. Et la peur : " Parfois, la nuit, j’allume une lumière, pour ne pas voir. " Et la solitude : " Qui ne remplit son monde de fantômes, reste seul. "
........
La pensée profonde passe par le sens ancien de l’intelligence . lire à l’intérieur des choses. Elle est pénétration, aventure et audace, abandon des garanties, découverte et création, le " nouveau " de Baudelaire, l’ " ouvert " de Bergson, l’absolue liberté de la quête, l’abolition des sécurités. C’est pourquoi Heidegger a pu affirmer que la science ne pense pas et risquer que la philosophie non plus ne pense pas.
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L’effort d’approfondissement, l’exercice de la captation profonde, n’a rien à voir avec l’astuce, la perspicacité ou la jonglerie intellectuelle qui remplissent livres et revues. C’est comme un instinct de plongeur, un refus de toutes les zones intermédiaires, un cohérence d’intégrité, une décision d’aller jusqu’au terme, bien qu’il n’y ait pas de terme. Cela exige toute la vie en appoint, sans jeux faciles, sans recul devant l’abîme. Approfondir est la forme la plus radicale et généreuse de l’héroïsme. C’est être aussi sans références. L’échelle de relation est désormais l’infini, et la rencontre avec la mort comme expérience anticipée et paramètre constant du possible."
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Antonio Porchia sur wikipédia


Articles sur Voix réunies

Revue Recours au Poème, Les Voix, réunies d'Antonio Porchia -Paul Vermeulen
Le Nouveau recueil, Les voix multiples d'Antonio Porchia - Yves Humann
( message déjà paru en juin 2014 réactualisé ce jour)

Brigitte Maillard

Voix réunies, Antonio Porchia


samedi 10 juin 2017

François Cheng, D'infinis paysages



Infinis paysages François Cheng
Photo Brigitte Maillard



D'infinis paysages


 
Oui, voici la colline et la vallée,
Voici le lac et le reflet des nuages.
La lumière les dévoile aube et soir ;
Et le printemps revient à tire-d’aile !
Terre habitable, humain séjour provisoire :
Il n’est vrai paysage que de nos mémoires…
Ô pays ! ô âge ! Transplantés ici,
Nos désirs et paroles nous unissent
A tous les lointains, au grand iambe
Du prime matin du monde. Ecoutons donc
Le chant des âmes errantes, de leurs élans
Inachevés, chant fondu dans les sources
Et la brise, chant nôtre ! L’infini n’est autre
Que nos énigmatiques échanges, sans cesse
Renouvelés, avec l’immémoriale promesse.

 
Nos lieux, nos instants, à jamais uniques. 





François Cheng 2011
inédit source - Printemps des poètes


François Cheng, D'infinis paysages, poèmes, poésie

jeudi 1 juin 2017

Bang Hai Ja La lumière


Bang HAI JA




Bang Hai Ja, artiste peintre et poète coréenne vit en France depuis 1961.
Ici Aube, une  peinture sur papier, avec la terre ocre de Provence et 

des pigments naturels, comme une lumière née de la lumière...
Une grande beauté



"Bang Hai-Ja ne peint pas la nature mais l’espace, le signe, la tache, l’éclair, 
le cri qui deviennent par une sorte de magie visionnaire, éclaboussures de lumière,

frissons d’astres, sismographies d’appels, de rumeurs. 
Les suggestions et les vibrations d’un cosmos imaginé.
 L’émotion se cristallise en elles,  ouvre un chemin vers l’infini"

 Pierre Cabanne (critique d'art, journaliste et écrivain français)




 La lumière peint avec moi, elle devient mon cœur, je deviens lumière. 

Toutes les deux nous entrons dans le tableau 

 Bang Hai Ja


D'où vient cette lumière

Dans l'atelier
Elle naît au centre de mon cœur
Monte du profond de la matière
De la pénombre du monde intérieur
Lentement
Toutes les lumières s'avivent
Se répandent
Inondent l'univers
L'œil du cœur s'ouvre
Surgit l'image cachée 


Ce poème est extrait du site de l'artiste


Bang Hai Ja