dimanche 20 août 2017

René Le Corre, Les voix, Poésie

Monde en poésie Brigitte Maillard




Je respire. Je respire lentement. « Sais-tu où tu vas ? Viens » dit la voix. Je résiste. Je dis « tout à l’heure »… j’attends, j’attends encore je respire. (...)

Serre les mains, serre les mots, qu'ils ne s'échappent pas dans les broussailles de la trahison. Les fleurs éclairent notre demeure de paille, fleurs, paroles précieuses, myosotis du Caucase, Véronique de Perse, nomination rêveuse; (...)




Quelqu’un m’a attribué l’expression de Hölderlin :
"Habiter poétiquement la terre". Je serais heureux en effet, d’habiter ou de traverser poétiquement ce monde. Je suis un nomade enraciné, arbre marcheur, toujours traînant l’enfance et son oubli dans les nouvelles naissances, fidèle et infidèle. (…)

Je dis alors, chansons ! La poésie ni la littérature, ne nous consolent de la disparition. Vaines bouées de mots. Ce n’est ni la littérature ni la poésie qui sauve, comment pourrais-je le croire ? C’est le mouvement dont naît la littérature, dont naît la poésie, c’est la singulière mais peut-être vaine et unique - quoique si commune - la singulière existence en quête d’amour, et par là, créant de la beauté, la beauté d’un regard d’une voix parcourant le monde laissant les traces lumineuses d’un passage. (...)

Que peut la poésie ?  Et que peut Hölderlin ? Parfois, souvent aujourd’hui, la voix de la poésie s’éteint, les mots  ne touchent plus l’oreille, ne réveillent plus de l’angoisse, de l’ennui ou du souci. Les livres sont là. «  Lis-moi un poème. Que je sorte de l’opaque. » Mais moi-même j’ai les yeux fatigués. La voix voilée je refuse la chanson d’un autre monde. La poésie est-elle la chanson d’un autre monde ? (...)

J’écris, non poétiquement, - je m’y essaie seulement - pour que ma vie s’éveille à elle-même. Etrange, étrange chemin que de quitter un peu de biais le chemin de la vie dans l’écriture, pour le retrouver plus loin, un peu réconforté, un peu plus sûr. Avec un ciel plus clair. (...)




René le corre les voix





Ce serait l'éternité d'être là, à l'ombre du pommier - "sous l'arbre où ma mère m'a conçu", dit le Cantique -, écoutant, à défaut des chants des neuf chœurs des anges, le bruit permanent de la mer, au loin, et des camions, au près.
L'éternité, tandis qu'elle va, puisant l'eau, arrosant les fleurs, ou, silencieuse, à travers la maison, ou encore, brossant ses toiles sur le petit chevalet, devant la grande porte-fenêtre.
Ce serait cela l'éternité, ce flux d'ondes, si rapides qu'elles sont immobiles, qui rendent présent le monde, les absents, dans ma solitude.
Oui, l'éternité encore, éternel retour du même, dans la beauté renouvelée, neuve éternellement, des tâches quotidiennes et des insomnies des nuits d'été. (...)

René Le Corre, Les voix, La part Commune 2011 14 euros.

René Le Corre, Les voix, Poésie


René Le Corre est né en 1923 à Pouldreuzic. Philosophe & poète.
Ses ouvrages sont publiés aux éditions La Part Commune.
Lire René Le Corre c'est être saisi d'une émotion juste. Rare. 
Il n'y a là rien d'obligé. Une sincérité étonnante nous traverse.
"un chant qui serait le chant de la mer elle-même passant par mon écriture"
Un poète à découvrir.

1 commentaire:

  1. Des mots qui l'air de rien enchantent la vie Merci
    Amitiés fidèles Arlette

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