dimanche 29 janvier 2017

Rabindranath Tagore, poèmes, La corbeille de fruits, L'offrande lyrique




Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.
Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante;
les fleurs s'épanouiront dans mon être.
Tout le printemps des paysages et des rivières
monte comme un encens dans mon cœur, et le souffle
de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte.

Quand la terre est endormie je viens à ta porte.
Les étoiles sont muettes et j'ai peur de chanter;
J'attends et je veille, jusqu'à ce que ton ombre
passe sur le balcon de la nuit alors je m'en retourne
avec un cœur rempli de toi.
Puis au matin, je chante sur le bord de la route;
les fleurs de la haie me répondent, et l'air matinal écoute.
Les voyageurs s'arrêtent soudain pour me regarder
en face: ils croient que je les ai appelés par leur nom.


Traduction Hélène du Pasquier 


Que tous les accents de joie se mêlent dans mon 
chant suprême  -  la joie qui fait la terre s'épancher
dans l'intempérante profusion de l'herbe; la joie
qui sur le large monde fait danser mort et vie jumelles;
la joie qui précipite la tempête  -  et alors un rire
éveille et secoue toute vie; la joie qui repose quiète
parmi les larmes dans le rouge calice du lotus douleur;
et la joie enfin qui jette dans la poussière tout ce qu'elle 
a et ne sait rien.


Rabindranath Tagore,  Gitanjali - L'offrande lyrique, Poésie / Gallimard

Traduction André Gide

Peinture - Rabindranath Tagore - La mère et l'enfant
collection Rabindra Bhavana   


Emission France Culture, Une vie une oeuvre, le 11 février 2012




Le ciel rempli d’étoiles et le soleil,
l’univers entier palpitant de vie,
Au milieu de tout, j’ai trouvé ma
place –
Et émerveillé, jaillit ma chanson.
Le sang qui court dans mes veines
ressent
Le mouvement du temps qui
secoue le monde –
Et émerveillé, jaillit ma chanson.
Marchant doucement sur l’herbe
du sentier de la forêt,
Mon esprit rempli du parfum
enivrant des fleurs.
La joie tout autour –
Et émerveillé, jaillit ma chanson.
J’ai ouvert grand les yeux,
confiant mes peines à la terre,
A la quête de l’inconnu au sein
du connu –
Et émerveillé, jaillit ma chanson.

Chanson "akash bhara soorjo
tara" composée par Rabindranath Tagore

( 1861 - 1941 )


Rabindranath Tagore


Rabindranath Tagore, poèmes,poésie

mercredi 25 janvier 2017

Le rêve du papillon,Tchouang-tseu, Lu Chih

Tchouang-tseu
Zhuangzi Dreaming of a Butterfly, Ming dynasty, mid-16th century Ink on silk Lu Chih, 29.4 x 51.4 cm


Le rêve du papillon,Tchouang-tseu, Lu Chih


« Zhuangzi rêva une fois qu'il était un papillon, un papillon qui voletait et voltigeait alentour, heureux de lui-même et faisant ce qui lui plaisait. Il ne savait pas qu'il était Zhuangzi. Soudain, il se réveilla, et il se tenait là, un Zhuangzi indiscutable et massif. Mais il ne savait pas s'il était Zhuangzi qui avait rêvé qu'il était un papillon, ou un papillon qui rêvait qu'il était Zhuangzi. Entre Zhuangzi et un papillon, il doit bien exister une différence ! C'est ce qu'on appelle la Transformation des choses. »



Tchouang-tseuZhuangzi, chapitre II, « Discours sur l'identité des choses »




Le rêve du papillon,Tchouang-tseu, 

lundi 23 janvier 2017

Anne Perrier, poésie




Par la rivière par le fleuve
Qu'on me laisse à présent partir
La mer est proche je respire
Déjà le sel ardent
Des grandes profondeurs
Les yeux ouverts je descendrais au cœur
De la nuit tranquille
Je glisserais entre les arbres de corail
Ecartant les amphores bleues
Frôlant la joue
Enfantine des fusaïoles
Car c'est là qu'ils demeurent
Les morts bien-aimés
Leur nourriture c'est le silence la paix
Ils sont amis
Des poissons lumineux des étoiles
Marines ils passent
Doucement d'un siècle à l'autre ils parlent
De Dieu sans fin
Ils sont heureux


Moi l’envolée
J’ai perdu dans les airs la trace des oiseaux
Moi l’écoulée
En dormant j’ai perdu la voix des passeurs d’eau
Je suis le chant qui s’en va tout seul
Entre terre et ciel.


Anne Perrier Le livre d’Ophélie, éditions Empreintes


Endormez-vous mes terres
Mes atlantides endormez-vous
Je garde en moi l'appel
Ébloui des rivières
J'emporte la flûte
Ardente de tous les chants



Ce là-bas
Ce chant cette aube
Cet envol de ramiers
Cet horizon comme un jardin

Qui repose dans la lumière
Et les aromates


 extrait Anne Perrier La voie nomade Zoé éditions





Lire aussi :

Article de Gérard Bocholier Revue Recours au poème

Article en ligne Revue Le Temps Eléonore Sulzer :
"La poète vaudoise Anne Perrier rejoint l’éternel silence 
L’auteure de «La Voie nomade», seule femme à avoir reçu le Grand Prix national de la poésie française en 2012, s’est éteinte le 16 janvier dernier"

Anne Perrier, poésie

dimanche 22 janvier 2017

Comment transformer la vie en poésie ? Adonis

© Brigitte Maillard



"Comment transformer la vie en poésie ? Voilà la question. Et ce n'est pas, ce n'est plus au poète d'assumer ce rôle, sauf dans le sens qu'il continue, par la force de la création, ce que les grands créateurs du passé ont fondé, à savoir : continuer à créer des rapports nouveaux entre langue et existence — ceux qui donneraient à notre vie une image plus belle et plus humaine. C'est maintenant la société qui doit assumer la responsabilité de créer les moyens qui permettront de diffuser ces rapports, de les transformer en pain quotidien, de déployer et d'étendre la vision poétique aux autres visions qui dirigent le monde actuel, dans les domaines : politique, économique, scientifique et intellectuel. Il faut oeuvrer pour que la vie humaine, au-delà des races, langues et pays, puisse être vécue comme si elle était poésie."

extrait d'un écrit paru sur le site du CIRET Vers un sens à venir

(article paru en 2015 réactualisé ce jour)


vie et poésie

jeudi 19 janvier 2017

Cœur du poète, KO UN




Cœur du poète
Toi, le solitaire
tu fus poète
dans la navigation des mondes
d’avant toutes les naissances

qui dira
que l’homme éternel disparaît dans l’éternité ?

mouette blanche, muse
devant l’illusion qui se dissipe !
la mer n’érode-t-elle pas lentement les rivages  de ton
       pays ?

qui dira, dans la langue du monde, le cœur du poète ?

mort, jeunesse muette, tu retrouves le bord de mer où tu es née

(…)

Ô monde, fais naître le poète

devant ton éternité !




KO UN, Sous un poirier sauvage, Circé 2004
page 21 extrait du poème Coeur de poète



Compte-rendu d'une rencontre :
« Vendredi 30 octobre 2015 étaient invités à la Vieille Charité à Marseille les amateurs de poésie, et surtout de poésie coréenne, pour une rencontre avec le poète Ko Un, à l’occasion de la sortie de ses deux derniers ouvrages traduits en français, Poèmes de l’Himalaya (Decrescenzo Éditeurs) et Fleurs de l’instant (Circé). »


Cœur du poète, KO UN, poésie

dimanche 15 janvier 2017

KO UN, Poèmes Zen, Sous un poirier sauvage




Dans votre cœur
on entend le chant des oiseaux ?

je pose l’oreille sur votre cœur










Au cœur des ténèbres plus qu’obscures
une fleur s’épanouit
dans son cri solitaire

et là, tout près
et rouge, une fleur s’épanouit
sans rien dire












Les feuilles qui tombent
dansent en tombant

je quitterai ce monde moi aussi
en dansant








Sous un poirier sauvage, KO UN  Ed Circé
traduit du coréen par Han Daekyun et Gilles Cyr
extraits Au village de Mooni   page 70,  
Des poèmes des regrets 2002 pages 90, 91



« Ko Un est un poète grandiose, un mélange de connaisseur bouddhiste, de libertaire politique passionné et d’historien naturaliste »  Allen Ginsberg







le vent



Le vent se lève 
Ah ce monde. Ah l’autre monde.










Une parole



Trop tard 
Avant que je ne dise 
Ma parole 
Déjà le monde l’a entendue 
Le ver de terre l’a entendue 
Le cri du ver de terre --- Sss









Un nouveau chemin



A présent entre dans la mer 
Depuis les baleines et les requins jusqu’aux crevettes 
Jusqu’aux lieux sombres du fond des mers 
Que tu as beaucoup d’amis 
Au lieu de suivre les pas du Bouddha entre dans la mer.






Qu'est-ce? Poèmes Zen  KO UN





« En 84 courts poèmes, à l'image des 84 000 enseignements du Bouddha, des notations inspirées par la vie quotidienne viennent tenir en échec l'entendement rationnel et ouvrir la conscience à un autre ordre de réalité au-delà des habitudes. Dans des images venues de la poésie classique et de la tradition bouddhiste zen, le poète fait ici dialoguer la Chine ancienne et la Corée contemporaine en proposant de petits paradoxes énigmatiques pour dévoiler la vraie réalité en questionnant les apparences qui nous environnent. Ainsi le détail insignifiant renvoie à un ordre cosmique et permet de découvrir le sens profond de l'expérience futile. A la manière du koan à la formulation dense et rude, ces petits poèmes fulgurants cherchent à atteindre soudainement l'Illumination et guider le lecteur vers son propre Eveil. » extrait postface












« Auteur de plus de 130 livres, Ko Un (1933), a été fortement marqué par les massacres de la guerre de Corée (1950-1953) et il est entré dans les ordres bouddhistes en 1952. Il en est sorti une dizaine d'années plus tard pour se consacrer pleinement à sa carrière de poète. « Je voulais devenir un poète. Je suis devenu un poète », a-t-il l’habitude de dire. Nous lui devons aussi cette autre pensée célèbre : « Le poète devrait être lui-même un poème ». De son propre aveu, ses poèmes « ressemblent à des chuchotements plutôt qu’à des cris ».

Le poète sud-coréen Ko Un a remporté le Prix international Nord-Sud de la Fondation italienne Pescarabruzzo dans la catégorie poésie
Le prix international Nord-Sud a été établi en 2009 pour encourager le dialogue entre les hémisphères Sud et Nord du globe.


 KO UN, Poèmes Zen, Sous un poirier sauvage 

 KO UN, Poèmes Zen, Sous un poirier sauvage, poésie

vendredi 6 janvier 2017

La douceur, Voyages



  Nous touchons la vie par sa grande mer de sérénité, la douceur



Infos/ Prochaine Rencontre Médiathèque des Ursulines (clic sur le lien)


Après La beauté notre récente rencontre/lecture, "Poèmes du jour" est de retour à la Médiathèque des Ursulines. Le thème du 13 janvier est "Voyages" et j'aurai le plaisir de Prendre la route, avec vous, à la rencontre de nous-mêmes.
Suivre "La vie voyage" de quatre auteurs : De la rue de l’amour, au delta du fleuve, prendre la route du "voyageur sans bagages" et vous conter la traversée, avec :
La conférence des oiseaux, Farid ud-Din' Attar (adaptation Henri Gougaud), Points.
Les oiseaux du petit fleuve, François Graveline, Erès éditions, Po&Psy
Toiles Bretagne, Christian Saint-Paul, inédits à paraître.
Jusqu’au bout de la route, André Velter, Gallimard.

sur site Mapado lien info (clic sur le lien)


Poésie, douceur, voyaLien
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