dimanche 26 février 2017

Tomas Tranströmer, La grande énigme, haïkus









La mort se penche 
et écrit à a surface de la mer.
L'église respire de l'or

*
Quelque chose est arrivé.
La lune illuminait la chambre
Dieu seul le savait

*
Le toit s'est lézardé
et le mort peut me voir.
Ce visage.

*
Écoute bruire la pluie.
Je murmure un secret pour
entrer en son centre

*
Scène sur le quai.
Quel calme étonnant -
La voix intérieure.





Tomas Tranströmer prix Nobel de Littérature 2011

La grande énigme rassemble un ensemble de haïkus




Tomas Tranströmer, La grande énigme, haïkus

mardi 21 février 2017

RÛMI, poète et mystique persan

Arc en ciel poésie
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L'amour, c'est s'envoler vers le ciel,
     L'amour, c'est déchirer cent voiles à chaque souffle
Dés le premier souffle, interrompre le souffle
     Dés le premier pas, se couper des pas
Regarder ce monde comme rien
     Et regarder son propre regard
Je dis: ô mon cœur, sois le bienvenu
     Pour ton arrivée au cercle des amants
Regarder au-delà du regard
    Courir dans les ruelles des poitrines
Ô mon cœur d'où vient ce souffle?
    Ô mon cœur d'où vient ce battement?
Ô mon oiseau parle moi la langue des oiseaux
    Car moi tes secrets je sais les écouter
Le cœur dit: je m'occupais de la maison
    Afin de fuir à tire d'aile cette maison d'eau et de boue
De la demeure du créé, je me suis envolé
    Afin de construire la demeure de la création
Comme la force m'a manqué, on m'a traîné
    Et comme je parle, ce sont des formes que je crée


RÛMI, Leili Anvar-Chenderoff, Ed Entrelacs
extrait  Anthologie - Dîvân (ghazal) page 235

Cet ouvrage  nous fait pénétrer au cœur de la pensée du poète et mystique persan
Mohammad Djalàl al-din Rûmi 1207-1273


RÛMI poésie

mercredi 15 février 2017

Poèmes à la nuit, Rainer Maria Rilke









(...) Le rêve est la traîne de brocart qui tombe de tes épaules
le rêve est un arbre, un éclat fugitif, un bruit de voix -;
un sentiment qui en toi commence et s’achève
est rêve ; un animal qui te regarde dans les yeux
est rêve ; un ange qui jouit de toi
est rêve. Rêve est le mot qui d’une douce chute
tombe dans ton sentiment comme un pétale
qui s’accroche à ta chevelure : lumineux, confus et las -,
lèves-tu seulement les mains : c’est encore le rêve qui vient,
et il y vient comme tombe une balle -;
tout, ou presque, rêve -,
                                                et toi, tu portes tout cela.

Tu portes tout cela. Et avec quelle beauté tu le portes.
Chargée de lui comme de ta chevelure.
Et cela vient des profondeurs, cela vient
des hauteurs jusqu’à toi et par ta Grâce…
Là où tu es, rien n’a attendu en vain,
nulle part autour de toi il n’est fait de tort aux choses
et c’est comme si j’avais déjà vu
que des animaux se baignent dans tes regards
et boivent à ta claire présence. (...)



Poèmes à la nuit, Rainer Maria Rilke, Editions Verdier page 67  Édition bilingue.
Traduit de l’allemand et présenté par Gabrielle Althen  et Jean-Yves Masson
Préface de Marguerite Yourcenar



 Poèmes à la nuit, Rainer Maria Rilke

samedi 11 février 2017

La Rivière, SALON DU LIVRE BIGOUDEN, Pont-l’Abbé

La Rivière de Pont-l'Abbé Poèmes


Ce livret de 56 pages, parait aux éditions Monde en poésie (format A5, 5 euros, photo de couverture Brigitte Maillard, maquette Empreintes/Michel Bataillard) et présente l’intégralité des poèmes reçus au concours organisé par Les plumes du Paon, collectif des auteurs du Pays Bigouden, lors du premier Salon du Livre Bigouden qui a eu lieu en décembre 2016 à Pont-l’Abbé.

Pour fêter la part poétique de la vie !

De nombreux acteurs ont participé à la réalisation de ce concours :
Les auteurs, le collectif Les plumes du paon, nos partenaires :
La municipalité de Pont-l'Abbé, Le collectif des bibliothèques du Pays bigouden,
AVF - Accueil des villes de France – 

Articles en lien :

REVUE CAP CAVAL 2017





Commande du livret Monde en poésie éditions

Et voici en affiche format A3 
Notre prix spécial du jury attribué à la classe CM 1 de Madame Prigent
Ecole Jules Ferry Pont-l'Abbé 29


Salon du livre bigouden poésie




La Rivière, SALON DU LIVRE BIGOUDEN, Pont-l’Abbé

vendredi 10 février 2017

Saigyō Hōshi










Soufflée par le vent
la fumée du mont Fuji 
disparaît au loin 

Qui connaît le destin 
de ma pensée, errant à sa suite ?  




Saigyô, 1118-1190 poète japonais


Antoine Marcel Un monde se lève
Accarias L'Originel





Saigyō Hōshi poésie japonaise

mercredi 8 février 2017

Le monde commence aujourd'hui, Jacques Lusseyran

Le monde commence aujourd'hui Jacques Lusseyran


"Quelques semaines plus tard - c’était en plein mois d’août, tandis que, à notre insu, les armées alliées libéraient la France -, je me retrouvai au même endroit. Je m’assis sur le petit mur de pierre qui faisait face à cette longue et étroite construction : les lavabos. Une porte, quelques fenêtres hautes et, dans l’ombre intérieure, une file de grandes vasques rouges (on eût dit du porphyre) surmontées d’un champignon de métal d’où sifflait en panache une eau glacée. C’était là que, chaque matin, à l’instant où les projecteurs de la nuit s’éteignaient au sommet des miradors, nous étions jetés par monceaux, et devions faire notre toilette dans la fumée des corps d’hommes pressés.

   J’étais sur le mur, au soleil, entre un jeune acteur parisien, un jeune gars effarouché, trop beau, aux mains de fille, et un instituteur bourguignon consciencieux et quelque peu sceptique. Alors je leur dis : « La poésie, la vraie, ce n’est pas de la littérature. » Tous deux s’écrièrent

« Pas de la littérature ! » Je les surprenais, je les choquais presque. Je vis bien que je devais m’expliquer, mais je n’en avais pas le désir. Et je me mis à réciter des vers, au hasard, tous ceux que je retrouvais, tous ceux qui ressemblaient à notre vie en cet instant. Je récitai du Baudelaire, du Rimbaud, à voix simple.
    Peu à peu, à ma voix, une autre voix s’était ajoutée. Je ne savais pas d’où elle venait, je me le demandais à peine. Puis je fus bien obligé d’entendre : les vers étaient répétés dans l’ombre. Des voix s’étaient levées timidement derrière moi. J’en percevais devant moi aussi. J’étais entouré. Sans même le vouloir, je fis plus lente ma récitation.
   Des hommes étaient venus. Ils s’étaient ralliés et formaient un cercle. Ils prononçaient les mots en écho. A la fin de chaque strophe, à chaque silence, ils faisaient bourdonner les dernières syllabes. « Va, va! Laisse-toi faire ! Récite ! me souffla l’acteur aux mains de fille, ce qui se passe est extraordinaire. »
   Je psalmodiais. Il me semblait savoir à cet instant tous les poèmes que j’avais lus, même ceux que je croyais oubliés. Le cercle des hommes autour de moi se serrait : c’était une foule. Alors, j’entendis que ces hommes n’étaient pas des Français. L’écho des vers qu’ils me renvoyaient était parfois défiguré, comme le son du violon dont une corde se relâche, parfois juste comme un diapason. La respiration de tous ces hommes s’approchait : je la sentais maintenant sur mon visage. Ils étaient cinquante peut-être.
   Je leur dis : « Qui êtes-vous ? » La réponse me vint aussitôt, mais dans un désordre effrayant : les uns parlaient allemand, les autres russe, d’autres hongrois. Quelques-uns répétèrent simplement les derniers mots du dernier vers, en français. Ils se penchaient vers moi, gesticulaient se baissaient et se redressaient, frappaient leur poitrine de tout le bras, zézayaient, grommelaient se récriaient, en proie à une passion soudaine. J’étais abasourdi, et heureux, stupidement heureux. Mais je ne distinguais plus aucune parole, tant le vacarme, en quelques secondes, avait grandi. Loin de moi, derrière la cohue oscillante, des hommes hélaient les passants dans toutes les langues de l’Europe orientale Ne cherchant plus à comprendre ce qui arrivait, incapable d’éprouver autre chose que du bonheur, un bonheur rythmé à la façon d’un son musical, un bonheur de gorge et de souffle, je repris ma récitation. Il ne me restait en mémoire qu’un poème de Baudelaire : la Mort des amants. Je le donnai. Et des dizaines de voix ronflantes, grinçantes, croassantes, caressantes, répétèrent : « les Flammes mortes »."


Le Monde commence aujourd’hui, Jacques Lusseyran, Editions Silène 2012
(première édition La Table Ronde 1959)
pages 86 et 87

« En 1958, Jacques Lusseyran s’installe en Virginie pour y devenir enseignant. Là, il convoque ses souvenirs et témoigne d’un parcours hors du commun : résistant aveugle, déporté en 1944 au camp de Buchenwald  puis professeur de littérature dans une université américaine. Les thèmes évoqués vont du silence, à la poésie, en passant par la mémoire, l’enseignement et l’auditoire ou encore la notion de liberté intérieure. Le monde commence aujourd’hui demeure une somptueuse leçon de résilience et un chant d’amour à la vie, dont la quête a lieu partout et tout le temps, du vestibule de l’enfer aux immensités américaines. » extrait quatrième de couverture

( message déja paru en 2014 réactualisé ce jour)

Le monde commence aujourd'hui, Jacques Lusseyran