Poésie, Jacques Reda, Celle qui vient à pas légers





Pourtant je me trompais. Celle qui vient à pas
légers, inexplicablement peut se retirer de l’espace
habitable où nous nous tenons dans la faveur de son
souffle. C’est alors que notre dépit l’abandonne à
son tour à la dégradation des hypothèses. Sans doute,
elle qui jamais ne nous réponds, mais questionne silen-
cieusement, dans sa distance, comme si quelque chose
en nous aussi pouvait se lever et s’en aller à sa ren-
contre, sans doute il est tentant pour moi de l’appeler
poésie. Et, usant du levier rigide qui, aujourd’hui,
dans son illusion d’une approche, porte pesamment
la critique d’un ne…que arrogant à un autre ne…que
servile, je pourrais même dire  qu’elle n’est que poésie,
et que la poésie…Mais il ne faut rien dire. Car étant
celle qui appelle, il n’y a pas de nom qui lui convienne
- ni, quand elle se retranche, qui réduise ou surmonte
l’étendue innommable de son mutisme. Sans rien
troubler par l’étendue intérieure où, comme
entre les mots, sa trace demeure inscrite dans les
cristaux de neige, il faut attendre, simplement. 
Attendre. Alors peut-être elle reviendra.

Celle qui vient à pas légers, Jacques Reda,
Ed Fata Morgana 1999 - extrait page 34
illustrations de Pierre Alechinsky

Poésie, Jacques Reda, Celle qui vient à pas légers

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