samedi 25 mars 2017

Printemps !

poésie printemps




Un matin dans la ville le glissement des voitures est
   mouillé
quelque part au loin, tout autres sont peut-être les
   signes
là où il y a encore des forêts, le travail des pics-verts
c’est dans les replis du corps qu’il faudrait saisir cette
   chance
sentir le frémissement du grand corps résineux,
   l’arbre sacré
- et s’il ne nous fut pas permis d’y porter la main
c’est que nous étions déjà dans ses branches, rejetons
   de sa souche
mais nous devons l’entendre frémir en nous, nous
   devons l’entendre
comme une convocation, ainsi que la cloche d’un
   village de montagne
dans les cuisines, dans les granges, fait lever la tête et
   cesser le travail
et rassemble en habits neufs sur le sentier où la neige
est haute encore qui doucement ruisselle






Paul de Roux, Entrevoir, Poésie/Gallimard, janvier 2014


Le printemps page 172
Recours au poème, Matthieu Baumier, Entrevoir de Paul de Roux


Paul de roux poésie printemps

samedi 18 mars 2017

Le Poème exercice spirituel, Gérard Bocholier



Gérard Bocholier



L’âme doit se lever et habiter au-dessus d’elle-même, nous dit Maître Eckhart. Le poème lui donnera-t-il cet élan qui trop souvent lui manque ?
Dressera-t-il au moins devant elle une échelle de lumière ?


Chercher la Beauté n’est pas s’enfermer dans son art. C’est rechercher le ciel, "puisque le Ciel et Elle ne sont qu’un" (Emilie Dickinson)


Toujours en exil, le poète fait du mieux qu’il peut.
Son unique engagement : faire de ce monde en manque et en désespoir un monde toujours plus spirituel, "avant que l’Amour, rompant ses digues, ne ravisse l’homme à lui-même pour en faire un seul esprit, un seul être avec l’Amour" (Hadewijch d’Anvers)


"Toute poésie est suspension" (Henri  Brémond)
Au-dessus de l’abîme de l’indicible, le poème va s’avancer, se risquer au-dessus du vide. S’il parle vrai, ses lecteurs seront eux aussi suspendus durant un instant sur un seuil d’éternité. (…)


Suspendu, le poème l’est évidemment entre ciel et terre. Sans ces doubles attaches, il n’aurait aucune vie réelle ; tendu entre charnel et spirituel, conforme ainsi à la double nature de l’homme, il tente de trouver ses notes justes entre le chant des anges et le cri des bêtes


Gérard BocholierLe Poème exercice spirituel, Ad Solem 2014
93 pages, 12 euros


Le poème, exercice spirituel est une suite de méditations sur l’écriture poétique. Entre l’invisible et le sacré.



Le Poème exercice spirituel, Gérard Bocholier

vendredi 10 mars 2017

Paroles de Chamans



Poème navajo




Étonnant!
C'est la forme intérieure de la terre
qui bouge avec moi,
qui se dresse avec moi,
qui se tient debout avec moi.
Maintenant c'est la forme intérieure
de la longévité,
et la forme intérieure du bonheur
qui bouge avec moi,
qui se dresse avec moi,
qui se tient debout avec moi,
qui reste immobile avec moi
YiYe! C'est vraiment étonnant!

 

Chant Navajo à la forme intérieure de la terre
extrait paroles de chamans - Albin Michel
textes recueillis par Henri Gougaud



Poème Navajo Chamans Paroles

jeudi 9 mars 2017

Roberto Juarroz, Poésie Verticale









Inaugurer la transparence,
voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l'autre côté,
traverser de part en part
l'illusion tenace d'être quelque chose.
non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.


Et plus encore:
Inaugurer la transparence
c'est abolir un côté et l'autre
et trouver enfin le centre.
Et c'est pouvoir suspendre la quête
parce qu'elle n'est plus nécessaire,
parce qu'une chose cesse d'être interférence
parce que l'au-delà et l'en-deçà se sont unis;


Inaugurer la transparence
c'est te découvrir à ta place


ROBERTO JUARROZ
Poésie Vertical
( IX, 37)

Points - Fayard


Roberto Juarroz, Poésie Verticale